Cet article est issu du magazine Architecture Hospitalière N°58
Voir le N°58

Edito de Jean-Pierre DEWITTE


« Soigner au plus près du patient »

C’est une litote que de dire que le monde change et change vite. L’hôpital public a fait preuve depuis de nombreuses années d’adaptabilité, souvent plus subie qu’anticipée. Le monde médical, le monde de la santé est empreint de traditions et d’un certain conservatisme. Nos références sont plus souvent celles du passé, que l’on évoque avec nostalgie que des projections dans un futur qui fait vaciller nos certitudes. L’adaptation devient le maître mot : nouvelle gouvernance, nouvelle temporalité, nouvelles exigences de la population, urbanisation, vieillissement de la population, technologies nouvelles, robotique, génétique, télémédecine…

Toutes ces réformes c’est-à-dire tous ces changements radicaux ne peuvent s’exprimer que dans de nouveaux territoires, dans de nouveaux espaces. L’évolution architecturale s’impose aux décideurs hospitaliers mais elle est aussi elle-même vecteur de changement. Toute nouvelle organisation à l’hôpital doit être précédée d’une évolution architecturale. Un hôtel hospitalier ne peut s’installer dans une ancienne aile d’hospitalisation, les explorations fonctionnelles ne peuvent se réaliser dans quelques mètres carrés au fond d’un couloir. On imagine des centres unifi és et regroupés de traitement pour les activités d’explorations et interventionnelles.

L’activité de chirurgie ambulatoire dans sa partie « hospitalisation » ne peut se concevoir sans structure dédiée. L’introduction de la robotique et de l’imagerie dans les blocs opératoires impose un redimensionnement des salles d’opérations. La gestion plus rapide des sorties des patients le matin rend souhaitable des salons de sortie… L’architecture est au service de l’organisation. Un hôpital ultra moderne, ultra spécialisé et ultra numérisé ne dépassera sans doute pas 500 lits dans le futur. L’activité hospitalière se prolongera demain hors de l’enceinte actuelle de l’établissement. En nouvelle aquitaine, l’ARS invite au développement de centres de prévention et de promotion de la santé hors les murs.

Un centre de chirurgie ambulatoire peut s’installer en ville, des structures de prévention et de promotion de la santé peuvent voisiner un centre commercial à proximité de la population. Dès demain, l’hôpital se prolongera au domicile du patient avec le développement des objets connectés. L’Hospitalisation à domicile sera la règle majoritaire. Investir dans les murs et hors les murs sera le défi de demain dans un territoire élargi. A nous d’inventer l’architecture extérieure et intérieure des prochaines années : hôpital numérique, médihotel en Australie, hôpital sans lits.

Jean-Pierre DEWITTE, Directeur Général du CHRU de Poitiers et Président de la Conférence des Directeurs Généraux de CHU

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