no post
  • Edito – Printemps 2019

    Gérard Huet

    En octobre dernier, j’ai accompagné une délégation européenne composée d’architectes, d’hospitaliers et d’industriels au Brésil. Nous avons toutes et tous été marqués par la visite du Centre SARAH North Lake à Brasilia, un centre de réadaptation spécialisé en neuroréhabilitation. Par la générosité de ses espaces et la polyvalence des lieux, ce bâtiment participe entièrement à améliorer la qualité des soins ainsi que la relation entre les patients et le personnel. Ce centre est né d’une étroite collaboration et d’un échange constant entre l’architecte Lelé et les équipes de l’établissement menées par la présidente du réseau SARAH, le docteur Lucia Braga très impliquée dans le projet. Cette entente entre les différents acteurs impliqués est d’ailleurs parfaitement retranscrite dans la qualité architecturale de ce centre. Cette visite à Brasilia a un peu plus renforcé nos interrogations sur nos procédures en France…
    Aujourd’hui, sur un projet hospitalier, l’expression des besoins est portée par des structures spécialisées, dites de programmation, où l’attention à l’architecture est rarement évoquée. Je pense que le sens d’un projet et d’un bâtiment de soins ne peut être défini par les seuls programmistes. Cet écueil est manifeste dans le cadre de procédures publiques qui nous privent des contacts avec les futurs utilisateurs durant la phase essentielle dite de conception. De fait, lorsqu’une équipe de maîtrise d’oeuvre a la chance d’être lauréate d’un concours et peut enfin rencontrer les équipes soignantes, sa marge de manoeuvre se trouve ainsi extrêmement limitée… C’est ce que nous avons ressenti lors de notre déplacement à Brasilia. En France, et c’est aussi valable en Europe, nous sommes dans une recherche extrêmement exigeante de la performance économique, et dans ce contexte, la dimension poétique et humaniste de la structure de soin est difficile à tenir.
    Afin de faire évoluer les mentalités et espérer bouger les lignes, nous devons continuer à discuter, à échanger et à multiplier les rencontres à l’image des Journées de l’Architecture en Santé*. Nous devons, toutes et tous, nous exprimer et expliquer ce que ressentent les utilisateurs des établissements de santé, aussi bien les patients que les accompagnants et les personnels. Nous devons rappeler l’intérêt de penser le bien-être des utilisateurs sans pour autant éluder les considérations d’ordre économique. Il est donc primordial que tous les acteurs de l’acte de construire puissent travailler ensemble dès les prémices du projet. Nous, architectes, sommes assignés au devoir de pugnacité pour faire entendre que l’établissement de soin est, avant tout, un équipement public ouvert à tous, ouvert à l’altérité.
    Aujourd’hui si la technicité des actes de soins est appréciée et reconnue, nous avons tous le devoir de véhiculer ce besoin, de redéployer une prise en charge plus qualitative, plus adressée, afin de renforcer le lien entre patients et soignants. Nous avons ainsi beaucoup de travail à accomplir afin que l’architecture ne soit pas qu’une simple réponse à des besoins fonctionnels. Je vous convie à prendre exemple sur certaines réussites architecturales, et le Centre SARAH à Brasilia en est, incontestablement, une illustration…

    Gérard Huet
    Architecte
    Président de l’Union des Architectes Francophones pour la Santé

  •