
À l’heure où les transformations du système de santé s’accélèrent, la question du modèle hospitalier revient avec insistance. Faut-il concevoir un hôpital type, reproductible, capable de répondre à l’ensemble des contextes et des usages ? Ou, au contraire, accepter que chaque projet constitue une réponse singulière, ancrée dans un territoire, un programme et une temporalité propres ? Depuis plusieurs années, l’agence archipelago explore cette seconde voie. À rebours d’une vision standardisée, elle développe une approche fondée sur la recherche et la méthode, dans laquelle chaque projet hospitalier devient un objet d’expérimentation. Loin de produire des formes uniformes, cette démarche génère au contraire une grande diversité de schémas, révélatrice de la complexité des situations rencontrées. Du campus hospitalier à l’échelle d’une ville, aux projets inscrits dans des contextes paysagers ou urbains spécifiques, en passant par des réflexions sur la modularité, la réversibilité ou encore l’économie circulaire, les réalisations de l’agence témoignent d’une volonté constante : concevoir des hôpitaux capables d’évoluer dans le temps, tout en restant profondément liés à leur environnement. Cette approche propose ainsi un changement de regard : plutôt que de chercher l’hôpital du futur, il s’agit de développer les outils pour concevoir, à chaque fois, le meilleur hôpital possible.
Auteurs : Roland Roquiny, Nicolas Van Oost, Laurent Grisay
Vous suggérez que « l’hôpital du futur n’existe pas ». Pourquoi remettre en question l’idée d’un modèle hospitalier universel ?
L’évocation de l’hôpital du futur devrait plutôt renvoyer à l’hôpital du futur antérieur. L’architecture hospitalière est par essence le domaine du temps long : il faut compter entre dix et quinze ans entre les premières esquisses d’un nouvel hôpital et sa mise en service. Autrement dit, au moment même où il ouvre ses portes, l’outil est déjà porteur d’un décalage temporel d’au moins une décennie. Ce grand écart pose la question centrale de notre réflexion conceptuelle : comment éviter une obsolescence qui semble constitutive du projet hospitalier ?
On parle volontiers de l’hôpital du futur comme s’il existait un modèle ultramoderne, valable en tout lieu et en tout temps, capable de répondre à tous les besoins, indépendamment de tout contexte. À quoi ressemblerait cet hôpital idéal ? Serait ce un environnement aseptisé, saturé de technologies, qui garantit le bien être des patients par l’accumulation d’innovations ? Un objet ultra modulaire, éventuellement imprimé en 3D, presque abstrait, détaché de son environnement ? Et si, à l’avenir, l’intelligence artificielle se substituait aux architectes et ingénieurs pour optimiser l’ensemble des paramètres, produisant des solutions prétendument idéales auxquelles nous n’aurions jamais songé ?
À défaut d’un modèle unique, vous défendez une approche méthodique. Sur quels principes repose-t elle ?
Il nous semble qu’au lieu de rechercher un modèle standard, ce dont nous avons besoin, c’est d’une démarche méthodique, fondée sur des données objectives, pour concevoir le meilleur hôpital possible dans un contexte donné. Un hôpital construit ici et maintenant, et capable de se transformer dans la durée.
Comment votre travail de recherche interne vient-il nourrir concrètement la conception de vos projets hospitaliers ?
Chaque projet hospitalier que nous concevons est d’abord un objet de recherche. Une recherche par le projet, ancrée dans la pratique, méthode pleinement reconnue et utilisée par les architectes. Chez archipelago, nous avons voulu associer à cette recherche appliquée le support de la recherche fondamentale à travers les liens tissés avec l’université.
Dès la création d’archipelago, nous avons mis en place des équipes de recherche autonomes. Des enseignants et des doctorants partagent leur temps entre l’agence et l’université pour développer des études en amont des projets. Les objectifs sont alignés au niveau du Conseil d’Administration, de sorte que chaque projet bénéficie d’un cadre scientifique clair. Nous pratiquons, comme en médecine, une recherche translationnelle : nous recueillons des données issues d’études de terrain, nous les analysons, puis nous intégrons ces connaissances dans les projets. Enfin, nous diffusons les résultats à travers des conférences ou des publications, afin qu’ils puissent alimenter la réflexion de l’ensemble de la société.
