© ©Laurent VellaÀ la croisée de l’architecture et de l’ingénierie, l’agence Chabanne s’est progressivement imposée comme un acteur reconnu de la conception d’équipements complexes, en particulier dans le domaine de la santé. Elle développe une approche globale du projet, fondée sur l’intégration des dimensions techniques, fonctionnelles et environnementales dès les premières phases de conception. Cette culture transversale permet d’apporter des réponses adaptées aux profondes mutations que connaissent les établissements de santé : évolution des pratiques médicales, réorganisation des parcours, exigences réglementaires et contraintes économiques. L’agence s’appuie pour cela sur des équipes pluridisciplinaires, capables d’articuler les différentes échelles du projet et d’accompagner la diversité des programmes, du médico-social à l’hospitalier. Au-delà des enjeux techniques, Chabanne accorde une attention particulière à la qualité des espaces et des ambiances, en lien avec les conditions d’accueil des patients et de travail des professionnels. Cette recherche d’équilibre entre performance et usage s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle de l’architecture dans les parcours de soins. Enfin, la démarche environnementale irrigue l’ensemble des projets, avec une attention portée aux matériaux, aux performances énergétiques et à l’insertion dans le site. Une manière pour l’agence d’inscrire ses réalisations dans une vision durable et évolutive des établissements de santé.
Propos recueillis auprès de Nicolas Chabanne, architecte et président de l’agence Chabanne
Comment définiriez-vous aujourd’hui l’identité et la philosophie de l’agence Chabanne ?
Nicolas Chabanne : Nous aimons définir notre agence comme un « incubateur » de projets, grâce à une collaboration structurée, mais aussi très vivante, entre architectes et ingénieurs. Nous avons plus de 10 métiers qui travaillent main dans la main sur chaque étape d’un projet. Nos équipes d’architectes, d’architectes d’intérieur, et nos ingénieurs de différentes compétences se challengent ensemble en concours et en études, puis les ingénieurs travaux prennent le relais sur le chantier. Nous faisons d’ailleurs partie des agences qui internalisent beaucoup la phase travaux, puisque nous avons une quinzaine d’ingénieurs qui se confrontent à la réalité du chantier. Cette émulation collective nous permet d’aller plus loin dans les réflexions, et d’explorer au-delà des standards et des attentes. Chaque projet, dès le premier coup de crayon, fait l’objet d’une remise en question du programme lorsque nous estimons qu’il ne contient pas encore tout son potentiel, qu’il ne tire pas pleinement parti du territoire, du site ou du bâtiment existant, afin de répondre au plus proche des usages de demain. Je peux prendre un exemple très concret. Les premiers travaux que nous avons menés sur les questions environnementales, nous les avons engagés au milieu des années 2000. Nous n’avons pas attendu que les réglementations deviennent plus strictes, comme elles le sont depuis quelques années. Cette capacité à interroger très tôt les sujets de fond, à travailler de manière collaborative et à remettre sans cesse en cause les données initiales, c’est ce qui nous distingue me semble-t-il.
Votre agence se distingue par l’association étroite entre architecture et ingénierie. En quoi cette organisation intégrée constitue-t-elle un levier pour concevoir des projets plus cohérents et performants ?
N. C. : La collaboration entre architectes et ingénieurs nous permet de travailler avec une vision écoresponsable globale. Quand nous parlons, par exemple, du bilan carbone d’une opération, nous allons jusqu’au choix des matériaux intérieurs. La cellule d’architecture intérieure est donc concernée, mais en amont, le premier travail repose sur une conception bioclimatique. La recherche de finesse dans les matériaux et les dispositifs énergétiques ne peut être pertinente que si l’architecture est, dès le départ, rigoureusement pensée dans son orientation, sa compacité ou la composition de ses façades. C’est donc bien cette chaîne de valeur complète qu’il faut mettre en place.
Quelle est la vision qui guide aujourd’hui le développement de l’agence ?
N. C. : Je pense que l’agence a atteint aujourd’hui une taille idéale. Nous avons connu une croissance progressive, comme beaucoup d’agences : vingt personnes, puis cinquante, puis cent. Aujourd’hui, nous sommes entre cent trente et cent cinquante collaborateurs. Ce seuil nous permet à la fois d’accepter des projets très variés et de rester agiles, tout en évitant de standardiser nos réponses. Cette taille nous donne le temps d’entrer dans le détail des enjeux, d’être exigeants et performants, et de développer une vraie expertise. Elle nous permet de rester dans une logique de création, de prototype et de recherche, « d’incubateur » d’innovations comme nous en parlions plus tôt, tout en ayant la capacité de répondre à des projets importants qui nécessitent des équipes conséquentes. Nous pouvons analyser les projets de manière approfondie tout en gardant la capacité d’enchaîner les opérations. C’est un constat que nous partageons entre associés (nous sommes quinze aujourd’hui) et nous pensons que cette taille constitue un bon équilibre. J’aime comparer l’agence à une maison de création. La notion de maison renvoie à une échelle humaine, presque familiale. Et la création signifie que nous nous autorisons à prendre du temps pour la recherche, à expérimenter, et aussi à choisir nos projets. Le développement de l’agence est guidé par cette idée : conserver la capacité de produire des réponses justes et pertinentes.
