© © Hugo Hebrard - protégé parImplantée à Paris et à Nantes, l’agence Ameller Dubois développe depuis plus de trente ans une pratique de l’architecture fondée sur la diversité des programmes et la continuité des engagements. Elle a ainsi construit des expertises solides dans plusieurs domaines sans revendiquer de spécialisation ; l’enseignement, la santé, les équipements de sécurité et plus récemment les projets aéroportuaires sont autant de sujets traités régulièrement. Cette pluralité constitue l’un des fondements de son approche. Elle permet de croiser les regards, de renouveler les méthodes et d’éviter toute forme de répétition. Qu’il s’agisse de constructions neuves, de restructurations lourdes ou d’interventions en sites contraints, l’agence s’inscrit dans une culture du projet attentive aux usages, à la fonctionnalité et à la qualité des espaces. Elle compte aujourd’hui 90 collaborateurs et plus de 150 projets à son actif. Dans le domaine de la santé, historiquement ancré dans le médico-social, Ameller Dubois a élargi son champ d’intervention au secteur sanitaire, en intégrant des programmes à forte technicité tels que les blocs opératoires, les laboratoires ou plus largement les sujets médico-techniques. Cette évolution s’accompagne d’une réflexion approfondie sur les ambiances, le confort et l’expérience des usagers, dans des environnements où les enjeux fonctionnels restent déterminants. L’agence revendique ainsi une architecture pérenne, capable de s’inscrire dans le temps long, d’évoluer avec les usages et de répondre aux attentes des maîtres d’ouvrage et des usagers. Une posture qui se traduit par une attention constante portée à la cohérence du projet, à son économie et à sa capacité à accompagner les transformations des territoires et des pratiques.
Propos recueillis auprès de Cédric Baelde et Stéphane Védrenne, architectes associés
Comment définiriez-vous aujourd’hui l’identité d’Ameller Dubois et la vision architecturale qui guide l’agence ?
Cédric Baelde : Lorsque j’ai rejoint l’agence en 2022, ce qui m’a immédiatement frappé, c’est son ancrage très fort dans la question de l’usage ainsi que son engagement vis-à-vis de la commande. L’agence accorde une attention particulière à la fonctionnalité des bâtiments, à leur capacité à répondre avec précision aux besoins pour lesquels ils sont conçus. Elle défend une architecture durable tant au sens environnemental que de celui de la pérennité, en concevant des bâtiments qui ne relèvent pas d’effets de mode. Nous cherchons à concevoir des équipements capables de continuer à vivre après leur livraison, d’évoluer, de se transformer et de s’adapter à de futurs usages avec pour objectif de ne pas enfermer les bâtiments dans une réponse unique.
Stéphane Védrenne : Cette approche s’appuie aussi sur une conscience très forte de ce que représente l’investissement, notamment public. Nous concevons des bâtiments pour répondre à un usage précis, avec l’idée que cet engagement doit servir durablement les usagers. Un bâtiment bien conçu et bien réalisé doit pouvoir fonctionner pendant plusieurs décennies sans nécessiter de reprise lourde. C’est aussi à cette condition qu’il devient performant sur le plan environnemental.
Fondée par Philippe Ameller et Jacques Dubois, l’agence repose sur un équilibre entre rigueur et audace. Comment cet héritage continue-t-il de structurer votre approche des projets aujourd’hui ?
S. V. : Cet héritage reste très présent dans notre manière de concevoir les projets, notamment à travers une approche fortement ancrée dans la fonctionnalité. À l’agence, la genèse d’un projet commence toujours par un travail de calage fonctionnel en réponse directe aux attentes du maître d’ouvrage. Une fois cette base établie, nous développons l’image du bâtiment. C’est un fil conducteur que j’ai toujours connu ici : l’architecture se met d’abord au service d’une mission et d’un usage.
C. B. : Cette approche peut parfois être interprétée comme une restriction, au détriment de l’architecture. Ce n’est absolument pas notre lecture. Partir de l’usage ne revient pas à renoncer à la qualité spatiale ni à l’expression architecturale. L’ambition consiste au contraire à répondre simultanément à plusieurs enjeux : l’usage, la qualité des espaces, l’esthétique et l’ancrage dans le contexte. Nous n’opposons pas ces dimensions. Nous cherchons à les articuler pour produire une architecture pleine de sens.
L’agence a toujours revendiqué une pratique non spécialisée, tout en développant des expertises fortes selon les programmes. En quoi cette pluridisciplinarité constitue-t-elle une richesse dans votre manière de concevoir ?
C. B. : Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est cette capacité à être surpris. L’agence réunit des collaborateurs qui maîtrisent très bien certains programmes, mais elle favorise aussi le passage d’un type de projet à un autre. Ce déplacement permet de porter un regard neuf sur les sujets, de renouveler l’analyse et de remettre en question certains réflexes. L’expertise peut parfois conduire à reproduire des schémas. Le croisement des expériences permet au contraire de réinterroger des évidences. À chaque lecture de programme, nous hiérarchisons les enjeux. Lorsqu’un regard neuf est porté, d’autres priorités peuvent émerger et enrichir la réponse architecturale.
S. V. : Nous ne fonctionnons pas avec des équipes figées par spécialité. Au contraire, nous cherchons à les faire évoluer en fonction des projets, avec une volonté forte de ne pas assigner les collaborateurs à un seul type de programme. Un architecte qui travaille habituellement sur des EHPAD et un autre qui conçoit des collèges n’apporteront pas les mêmes réponses face à un même sujet. Ce décalage produit des propositions différentes, parfois plus audacieuses, parfois plus interrogatives, et cet écart est particulièrement fertile pour le projet. Il présente aussi un intérêt réel pour les équipes, alterner les typologies entretient l’engagement et préserve l’exigence.
La récente évolution de la gouvernance, avec l’arrivée de nouveaux associés, marque une étape importante. Comment cette transition s’inscrit-elle à la fois dans la continuité et dans un renouvellement de l’agence ?
S. V. : Cette transition s’est construite dans le temps long, j’ai pour ma part été associé à Jacques Dubois et Philippe Ameller durant 7 ans avant le processus de transmission, ce qui confère naturellement un caractère de continuité. Lorsque nous avons constitué le groupement d’associés qui reprendrait l’agence, nous avons également continué à travailler plusieurs années à leurs côtés. Leur volonté a toujours été de transmettre l’agence, et non de la céder, ce qui a été déterminant pour préserver la démarche engagée. Cette transmission s’accompagne également d’une évolution de la commande, notamment sur les questions de développement durable, de matériaux et de procédés constructifs, qui orientent aujourd’hui de manière encore plus structurante notre façon de concevoir et nourrissent une réflexion en constante évolution.
C. B. : Si la continuité est forte sur le plan des valeurs et de l’engagement, l’agence a aussi changé d’échelle : nous sommes passés d’une structure intermédiaire à une agence plus importante, avec des projets plus complexes et un besoin accru de structuration. Notre enjeu est d’accompagner cette croissance tout en maintenant l’architecture au cœur de la pratique.
S. V. : Cette évolution a été rendue possible par l’arrivée de nouveaux associés aux profils complémentaires. Si l’agence intervenait déjà dans certains secteurs, comme le médico-social, elle s’est ouverte à de nouveaux domaines, notamment la santé hospitalière et l’aéroportuaire, accédant ainsi à des projets de plus grande ampleur et de complexité accrue. En quelques années, l’agence a fortement grandi, avec un véritable changement d’échelle.
Quelle place occupe aujourd’hui le secteur de la santé au sein d’Ameller Dubois ?
C. B. : Aujourd’hui, le secteur de la santé représente environ 30 % de notre activité.
S. V. : L’agence s’organise globalement autour de trois grands secteurs, qui représentent chacun environ un tiers de l’activité : la santé, l’enseignement et la sécurité. À ces domaines s’ajoute désormais l’aéroportuaire, ainsi que des activités plus ponctuelles, comme le logement ou l’urbanisme.
