Cet article est issu du magazine Architecture Hospitalière N°58
Voir le N°58

AFA + Sanae : Quand l’architecture accompagne la prise en charge de la santé mentale

Image

Longtemps marquée par des logiques d’isolement et de contrôle, l’architecture psychiatrique accompagne aujourd’hui une autre vision du soin, davantage centrée sur l’apaisement, la dignité et l’insertion dans la cité. À mesure que la santé mentale occupe une place croissante dans les politiques de santé, les lieux de prise en charge ne peuvent plus être pensés comme de simples contenants fonctionnels : ils participent pleinement à l’expérience du soin, à la relation aux autres et au rapport au monde. En psychiatrie, la qualité des ambiances, la lisibilité des parcours, l’accès à la lumière, aux vues et aux espaces extérieurs jouent un rôle essentiel. L’enjeu est de concevoir des lieux capables de protéger sans enfermer, de sécuriser sans stigmatiser, et d’offrir aux patients comme aux soignants un cadre plus humain, plus apaisé et plus juste. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’approche d’AFA+SANAE. À travers ses projets, l’agence défend une architecture attentive aux usages, aux transitions, aux équilibres entre soin, qualité de vie et qualité d’usage, avec la conviction qu’en santé mentale, l’architecture est déjà une manière d’accompagner le soin.

 

Propos recueillis auprès de Maud Grandperret architecte D.P.L.G, co-gérante Associée AFA+SANAE

 

Comment définiriez-vous la philosophie d’AFA+SANAE en matière d’architecture pour la prise en charge de la santé mentale ?

Maud Grandperret : La psychiatrie occupe une place singulière dans le domaine de l’architecture Santé. Il ne s’agit pas uniquement de répondre à un programme fonctionnel comme certains projets, mais de créer des lieux capables d’apaiser, de rassurer et de soutenir une expérience de guérison souvent vécue dans des moments de grande vulnérabilité. Nous restons convaincus chez AFASANAE que l’architecture participe pleinement au climat de soin, à la qualité de vie des patients, mais aussi à celle des équipes soignantes.

Ces différents projets sont conçus comme des projets à forte valeur humaine, quelle que soit leur échelle : MAS, ESAP, Foyer de Vie, CMP, CATTP de proximité. Chaque typologie appelle des réponses spatiales spécifiques, liées à l’intensité du soin, à la durée de présence des patients et au rapport à l’environnement dans lequel il se trouve (ville ou zone périurbaine). L’architecte joue un rôle de médiation entre des exigences parfois contradictoires : soigner sans enfermer, sécuriser sans stigmatiser, protéger sans exclure, apaiser sans sur contrôler. Ce rôle nous conduit à travailler finement les seuils, les parcours, les espaces d’attente et les lieux intermédiaires, qui constituent souvent des moments clés du soin, de la rencontre ou de l’apaisement. Ce sont des espaces de transition essentiels : accepter de franchir un espace, attendre sans angoisse, croiser l’autre sans s’exposer. Dans des CMP, des CATTP ou des structures médico sociales, ces séquences spatiales influencent directement le ressenti des patients, la qualité des échanges avec les soignants et le climat général du lieu.

Notre ambition est ainsi de produire des lieux lisibles et non institutionnels, capables de dialoguer avec leur contexte urbain ou paysager. Ces architectures ne cherchent pas à s’imposer, mais à accompagner des pratiques, des rythmes et des parcours de vie, qu’il s’agisse de patients, de proches ou de soignants, dans une relation la plus juste et la plus humaine possible.

En quoi l’architecture psychiatrique demande-t-elle une approche spécifique de la part des concepteurs ?

M. G. : On ne conçoit pas un bâtiment de psychiatrie comme un équipement de soins « classique ». On intervient dans des trajectoires humaines fragilisées, auprès de personnes dont le rapport à l’espace, au temps et aux autres peut être profondément altéré. Dans un CMP ou un CATTP, par exemple, la première expérience du lieu, l’entrée, l’attente, les circulations, conditionne fortement la relation de confiance et l’acceptation du soin.

La lumière, les volumes, les sons et la lisibilité des espaces sont vécus de manière parfois exacerbée. Un couloir trop long, un espace trop fermé ou un manque de repères peut générer de l’angoisse. À l’inverse, une architecture claire, bien proportionnée, attentive aux transitions et aux ambiances peut contribuer à rassurer et à redonner un sentiment de maîtrise. Cette attention porte autant sur les proportions que sur les enchaînements d’espaces, les seuils, les changements d’échelle ou de luminosité.

La sécurité est évidemment essentielle, mais elle ne peut jamais devenir le principe général du projet. Elle doit être intégrée de manière discrète, afin d’éviter toute sensation d’enfermement et de préserver la dignité des personnes. L’architecture psychiatrique demande ainsi aux concepteurs une vigilance permanente : anticiper les situations de tension, prévenir les usages contraints et créer des espaces capables d’absorber des comportements très variés sans se refermer sur eux-mêmes.

FIN DE L’EXTRAIT

POUR LIRE CET ARTICLE EN INTÉGRALITÉ

Accéder au shop

Dans ce même numéro


Le futur Institut Universitaire de Biologie Pathologie du CHU de Nice  : un projet stratégique pour l’établissement et son territoire

Le futur Institut Universitaire de Biologie Pathologie du CHU de Nice, confié au groupement mené...
Lire

Le nouvel hôpital du Pays Salonais : un projet structurant pour le territoire

Implanté au cœur de Salon-de-Provence, l’Hôpital du Pays Salonais est aujourd’hui confronté aux limites d’un...
Lire

Numih France, partenaire de l’Hôpital du Pays Salonais pour bâtir un socle numérique au service du futur hôpital

Acteur public du numérique en santé, Numih France accompagne les établissements hospitaliers à travers une...
Lire

Tarkett iQ Motion, une nouvelle réponse aux exigences des établissements de santé

À travers le lancement d’iQ Motion, Tarkett poursuit son travail de fond autour des environnements...
Lire

Robinetterie sans plomb : une mutation progressive du secteur sanitaire pour Delabie

La question des matériaux au contact de l’eau potable occupe aujourd’hui une place croissante dans...
Lire

Gerflor : Des sols adaptés aux exigences d’un pôle neurosciences de référence

Au cœur du site historique de l’hôpital Sainte-Anne, le GHU Paris psychiatrie et neurosciences s’est...
Lire

Maîtrise de l’eau dans les établissements de santé : un enjeu de sécurité sanitaire dès la conception chez Geberit

Dans un établissement de santé, l’eau est partout : dans les soins, l’hygiène, les usages quotidiens...
Lire

DLM CRÉATIONS : 30 ans d’engagement au service du bien-vieillir

Fondée en 1996 par Philippe Teissonnière, DLM Créations s’est imposée au fil des années comme...
Lire

UNHI, Projet UNIVI à Bron : un pôle gérontologique pour repenser l’accompagnement du grand âge

À Bron, dans le Rhône, le groupe UNIVI a posé, le 24 février dernier, la...
Lire

TLR Architecture : Entre domiciliaire et efficience, une équation devenue centrale pour les EHPAD

Le secteur médico-social se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Sous l’effet du vieillissement de...
Lire

Archipelago : Construire la singularité avec méthode

À l’heure où les transformations du système de santé s’accélèrent, la question du modèle hospitalier...
Lire

Tourret Architectes 80 ans d’architecture : un héritage en mouvement !

À l’heure où l’architecture hospitalière se transforme en profondeur, l’agence Tourret Architectes célèbre 80 ans...
Lire

Ameller Dubois L’architecture en santé : conjuguer technicité, usage et pérennité

Implantée à Paris et à Nantes, l’agence Ameller Dubois développe depuis plus de trente ans...
Lire

Chabanne, une approche globale de l’architecture de santé

À la croisée de l’architecture et de l’ingénierie, l’agence Chabanne s’est progressivement imposée comme un...
Lire

Les Journées de l’Architecture en Santé Succès pour la 4e édition à Bruxelles

Avant de se projeter vers les prochains rendez-vous avec les JAS Québec les 9 et...
Lire

SantExpo 2026 : l’architecture hospitalière, levier des transformations du soin

Réhabiliter, adapter, ouvrir, humaniser : face aux mutations profondes du système de santé, l’architecture hospitalière n’est...
Lire

Partagez cet article

Ces articles pourraient aussi vous interesser

L’architecture hospitalière face aux enjeux de la santé mentale

Psychiatrie
La psychiatrie a profondément évolué ces dernières années, tout comme le regard porté sur les établissements qui la prennent en charge. Cette transformation engage pleinement...
Lire l'article

Centre Hospitalier Charles Perrens : Un projet architectural au service du soin et de la réintégration sociale

Psychiatrie
 Le Centre Hospitalier Charles Perrens, à Bordeaux, se réinvente à travers un projet architectural audacieux porté par l’agence TLR. Cette initiative illustre une évolution majeure...
Lire l'article

ARCHIPELAGO : Hôpital Psychiatrique Les Marronniers

Psychiatrie
La reconstruction de l’hôpital psychiatrique sécurisé Les Marronniers situé à Tournai a fait l’objet d’un concours international que l’agence archipelago a remporté en 2019 en...
Lire l'article

Architecture et psychiatrie : une réflexion globale

Psychiatrie
SANAE Architecture est spécialisée dans la conception de bâtiments sanitaires et médico-sociaux. Son équipe d’experts accompagne les opérateurs de santé sur tous types de projets...
Lire l'article

Centre Hospitalier Drôme Vivarais : Un nouvel hôpital, mieux adapté à sa vocation psychiatrique

Psychiatrie
Spécialisé en Santé Mentale et couvrant les besoins d’une population en hausse, le CH Drôme Vivarais est devenu inadapté au fil du temps. Sa reconstruction...
Lire l'article

Architecture et prise en charge psychiatrique

Psychiatrie
Au cours de l’histoire, les hôpitaux et les établissements psychiatriques ont toujours été le reflet de l’évolution des prises en charge tant leur architecture était...
Lire l'article

    Suivez-nous !