© ©AlmaImplanté au cœur de Salon-de-Provence, l’Hôpital du Pays Salonais est aujourd’hui confronté aux limites d’un site construit par strates successives. Son organisation pavillonnaire, héritée de son histoire, ne répond plus aux exigences contemporaines en matière de lisibilité des parcours, de fluidité des flux et de conditions d’accueil, tant pour les patients que pour les professionnels. Dans un territoire en croissance, marqué à la fois par le vieillissement de la population et le renouvellement démographique, les besoins de santé évoluent rapidement. Face à ces enjeux, la transformation de l’établissement ne pouvait se limiter à une adaptation de l’existant. Elle a conduit à porter un projet de reconstruction complète, pensé comme un véritable levier de réorganisation des soins. Ce projet de nouvel hôpital s’inscrit dans une ambition plus large, celle de créer un « village santé » réunissant, sur un même site, les différents acteurs du territoire. L’objectif est de proposer des parcours de soins plus fluides, mieux coordonnés, en favorisant les complémentarités entre l’hôpital, la médecine de ville et les acteurs de santé du territoire. Fort d’un ancrage territorial particulièrement marqué, le projet bénéficie de la mobilisation des communes du bassin salonais, qui ont contribué à en sécuriser les conditions de réalisation. Cette dynamique collective traduit l’attachement de la population à son hôpital et la volonté d’en faire un équipement structurant pour les années à venir. Pensé comme un outil évolutif, le futur établissement intègre les enjeux actuels en matière de qualité des soins, de conditions de travail et de performance environnementale. Au-delà du bâtiment, il incarne une nouvelle manière de concevoir l’hôpital : plus ouvert, plus coordonné, et pleinement inscrit dans son territoire.
Propos recueillis auprès de Marie Chardeau, directrice générale
Comment définiriez-vous aujourd’hui l’Hôpital du Pays Salonais, tant dans son identité que dans son rôle sur le territoire ?
Marie Chardeau : L’hôpital actuel est un patchwork de l’histoire hospitalière, symbolique de l’évolution de l’hospice jusqu’à nos jours. Il est composé de bâtiments mal reliés entre eux, pavillonnaires, qui n’ont absolument pas été pensés pour le patient. Il n’y a ni cohésion ni cohérence dans les parcours et le site n’est pas suffisamment adapté au handicap. Cet hôpital reste néanmoins très intégré dans le centre-ville. C’est un élément essentiel, car il fait partie prenante de la vie d’une ville de taille moyenne. Les habitants du bassin le connaissent bien, ils y sont très attachés et le considèrent comme leur hôpital. C’est une vraie force que nous souhaitons préserver. Ce lien très fort avec la ville a d’ailleurs été au cœur de nos réflexions autour du concept de village santé, et de notre volonté de maintenir cette appartenance territoriale, même si nous allons nous éloigner du centre. Aujourd’hui, c’est un atout d’avoir un hôpital que la population s’est appropriée, qu’elle considère comme le sien, comme un bien commun. Nous avons vraiment à cœur de conserver cette identité salonaise très marquée, soutenue en permanence par les habitants, que ce soit autour du projet de reconstruction ou dans la vie quotidienne de l’hôpital.
L’Hôpital du Pays Salonais s’inscrit dans un bassin de vie particulièrement dynamique. Comment caractériseriez-vous les besoins de santé de ce territoire ?
M. C. : Les besoins de santé de notre territoire reflètent globalement ceux que nous observons au niveau national : un vieillissement de la population et une augmentation significative des besoins liés aux maladies chroniques. Mais il est important de souligner qu’à Salon, la population reste dynamique. Nous avons une vraie croissance démographique, avec l’arrivée de populations plus jeunes, notamment des professions intermédiaires, et un tissu local riche en infrastructures à destination de la jeunesse. Nous devons donc à la fois répondre aux enjeux liés au vieillissement en renforçant la filière gériatrique, la prise en charge des pathologies chroniques, la prévention et les actions de santé publique, mais aussi étoffer notre offre de soins pour les enfants et les adolescents. Nous voulons renforcer la prévention dès le plus jeune âge, notamment autour des pathologies chroniques. Ce sont des axes que nous développons déjà, avant même la reconstruction, mais que nous pourrons déployer beaucoup plus largement grâce au futur établissement. Le projet intègre ainsi la création d’un espace dédié à la santé publique, un lieu clairement identifié pour mener nos actions de prévention et mieux accompagner les patients atteints de pathologies chroniques en lien avec tous les acteurs du territoire.
Quelle place occupe l’hôpital dans l’organisation territoriale des soins, notamment au sein du Groupement Hospitalier de Territoire Hôpitaux de Provence ?
M. C. : Il n’y a pas de hiérarchie formelle entre les treize établissements qui composent le groupement hospitalier de territoire (GHT) Hôpitaux de Provence. L’hôpital de Salon connaît une dynamique très forte depuis deux ans, avec une croissance d’activité significative et cette dynamique s’accompagne d’une attractivité nouvelle sur le plan médical, notamment grâce à l’implication du GHT dans le développement des postes partagés. Nous avons bénéficié d’un véritable soutien de la part du GHT sur ce point. Là où nous faisions face à des pénuries dans certaines disciplines, ces dispositifs partagés nous ont permis de stabiliser nos équipes médicales. Ce travail commun commence à porter ses fruits de manière très nette. Nous restons un établissement de taille intermédiaire, avec nos spécificités locales, mais parfaitement intégré à la dynamique du GHT. Nous avons d’ailleurs des liens anciens avec nos partenaires du centre hospitalier d’Aix-en-Provence et du CHU de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (APHM), avec lesquels nous partageons de nombreuses disciplines et collaborons sur plusieurs postes médicaux.
Comment s’articulent aujourd’hui les relations avec les autres acteurs de santé du territoire, publics comme privés ?
M. C. : Nous entretenons des relations étroites avec de nombreux partenaires du territoire, notamment les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Trois d’entre elles s’installeront d’ailleurs avec nous dans le nouvel hôpital. Nous accueillons déjà plusieurs partenaires dans nos locaux actuels, malgré les contraintes importantes liées à l’état de ces bâtiments. Grâce à un travail de réorganisation des espaces non dédiés au soin, nous avons pu dégager des zones pour héberger l’Hospitalisation à domicile (HAD), des CPTS et d’autres structures. Ces coopérations se traduisent également par une participation active aux commissions soignantes, où nous associons nos partenaires aux réflexions sur les parcours de soins. Nous sommes pleinement dans cette logique d’ouverture et de coordination territoriale. Nous travaillons également à accueillir de nouveaux acteurs avant même la reconstruction, dans la mesure où c’est possible dans nos locaux actuels, qui sont très dégradés et peu fonctionnels. Par ailleurs, nous avons réfléchi très en amont à la création d’un espace de consultation externe dans le futur hôpital. Cet espace accueillera, au-delà de nos professionnels hospitaliers, des médecins libéraux, des professionnels paramédicaux, ainsi que des consultations avancées du GHT, afin de proposer des expertises que notre établissement ne peut pas encore assurer. L’objectif est clair : faire venir les médecins au plus près des patients, plutôt que l’inverse. C’est une logique que nous avons déjà commencée à mettre en œuvre, avec l’accueil de nombreux consultants du CH d’Aix-Pertuis (CHIAP) et de l’AP-HM, ainsi que, plus récemment, de praticiens de la clinique privée voisine. Nous voulons construire une offre de soins ouverte, cohérente et graduée.
Le projet de reconstruction de l’hôpital marque une étape majeure dans l’histoire de l’établissement. Comment ce projet est-il né et comment a-t-il mûri au fil des années ?
M. C. : Ce projet s’inscrit dans une histoire plutôt longue. La nécessité de reconstruire l’hôpital est identifiée depuis de très nombreuses années, tant les limites du site actuel sont devenues évidentes au fil du temps. Son organisation pavillonnaire, héritée de constructions successives, ne correspond plus aux exigences des organisations hospitalières contemporaines, notamment en matière de lisibilité des parcours, de fluidité des flux et de conditions d’accueil. Au départ, le projet s’inscrivait dans une logique assez classique de reconstruction. Puis, sous l’impulsion de l’Agence Régionale de Santé (ARS), il a évolué vers un projet hôpital-clinique, ce qui était également une démarche assez répandue à l’époque pour des villes de taille moyenne, où l’hôpital public et la clinique privée se trouvaient tous deux dans des locaux vétustes. Mais cette étape a duré de nombreuses années sans aboutir. Elle a été marquée par des désaccords, une temporalité décalée entre les partenaires et un manque de conviction collective quant à l’opportunité réelle de reconstruire un hôpital à Salon-de-Provence. L’intérêt du projet n’était pas encore perçu de façon unanime, ni localement, ni par les tutelles. C’est vraiment dans la période post-Covid que les choses ont changé. L’ancien chef d’établissement a alors proposé un concept novateur : le village santé. Ce modèle a immédiatement fait écho, tant au niveau régional que national. Il proposait de réunir sur un même site tous les acteurs de santé du territoire, publics et privés, dans une logique de parcours de soins coordonné et de mutualisation des moyens. Le moment était aussi particulièrement propice, avec l’ouverture de financements hospitaliers nouveaux issus du Ségur de la santé, qui ont permis de donner un véritable coup d’accélérateur au projet.
