Cet article est issu du magazine Architecture Hospitalière N°59-60
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AAGROUP poursuit sa collaboration durable avec le CHU de Dijon Bourgogne

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Présent dans plusieurs territoires à travers ses différentes agences, AAGROUP développe une pratique architecturale qui couvre de nombreux domaines, parmi lesquels la santé occupe une place majeure. Le groupe accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans leurs projets de construction neuve, mais également dans leurs opérations de restructuration, d’extension et de transformation de sites existants.À Dijon, cette relation avec le CHU Dijon Bourgogne s’inscrit dans une histoire initiée en 1995. Cette collaboration s’est progressivement consolidée au fil d’opérations de nature, de complexité et d’échelle très différentes. Cette coopération repose aujourd’hui sur une connaissance approfondie du site hospitalier, de ses évolutions, de ses organisations et des attentes de ses équipes.Au fil des années, AAGROUP a ainsi accompagné le CHU sur plusieurs opérations dédiées aux activités de soins, de diagnostic, de formation et de logistique. Le Centre Ressources Autisme de Bourgogne, le nouvel Institut universitaire de soins dentaires, le bâtiment de médecine légale et des services mortuaires, ainsi que le projet de nouvelle blanchisserie, illustrent la diversité des programmes confiés à notre agence.À travers ces réalisations, AAGROUP met son expertise architecturale et technique au service des transformations engagées par le CHU Dijon Bourgogne et, plus largement, de l’évolution de l’offre de santé sur le territoire.

 

«Travailler avec le CHU nous donne l’opportunité d’intervenir sur des projets passionnants, très diversifiés et intimement liés au territoire.»

 

Propos recueillis auprès de Christelle André, architecte associée, directrice de l’agence AAGROUP Dijon

Comment la relation entre AAGROUP et le CHU Dijon Bourgogne s’est-elle construite au fil des années ?

Christelle André : La relation avec le CHU de Dijon est ancienne puisqu’elle remonte à 1995, avec une opération de surélévation et d’extension en site occupé du bâtiment B2, qui accueillait alors le laboratoire de néphrologie. Pour ma part, j’ai rejoint l’agence en 1997. Cette collaboration s’inscrit donc véritablement dans la durée, avec une relation de confiance qui s’est progressivement installée et consolidée. Elle s’est construite autour de projets importants, dont certains ont particulièrement marqué notre histoire commune avec le CHU, notamment l’opération consacrée aux services mortuaires et aux espaces d’autopsie, réalisée avec le professeur Irène François.

Que représente, pour une agence comme AAGROUP, une collaboration aussi durable avec un établissement hospitalier universitaire de référence comme le CHU de Dijon ?

C. A. : Un CHU constitue avant tout un terrain de projet stimulant, par la diversité des spécialités, des prises en charge et des métiers qu’il réunit. C’est également un lieu d’apprentissage et de transmission, où les futurs professionnels de santé, médecins et chirurgiens, construisent leur pratique et leur activité. Cette collaboration est aussi particulièrement enrichissante sur le plan humain. Un CHU ne se résume ni à la technologie ni au soin : il accorde une place essentielle à l’attention portée aux personnes, à leur considération et à la bienveillance.

Le CHU de Dijon étend ses interventions à un territoire auquel nous sommes profondément attachés. AAGROUP n’est pas uniquement constitué d’un réseau d’agences interrégionales : notre organisation repose également sur un ancrage local, avec des experts et des associés présents dans chaque territoire et capables d’y tisser des relations durables. Travailler avec le CHU nous donne ainsi l’opportunité d’intervenir sur des projets passionnants, très diversifiés et intimement liés au territoire. Cette relation repose également une qualité des échanges particulièrement précieuse et qui constitue un élément essentiel de la collaboration.

Cette connaissance du site, des équipes et des organisations hospitalières change-t-elle votre manière d’aborder les nouveaux projets confiés par le CHU ?

C. A. : Même lorsque nous connaissons bien le site, chaque projet doit nous conduire à renverser la perspective, à sortir de nos habitudes et à développer une réflexion spécifique. Nous n’arrivons jamais en terrain conquis en considérant que notre connaissance du CHU, de son architecture ou de son environnement universitaire nous permettrait de savoir à l’avance ce qu’il faut faire.

Le CHU de Dijon constitue un site très étendu, au sein duquel coexistent des situations extrêmement diverses : rénovation, extension, construction neuve… À chaque intervention, nous devons donc redécouvrir le lieu avec humilité. Cette exigence est d’autant plus forte que le site évolue et se transforme en permanence. La connaissance acquise au fil des années constitue un véritable atout, mais elle ne doit jamais devenir une source de préconceptions.

L’Institut universitaire de soins dentaires réunit soins, formation et recherche. Comment avez-vous traduit cette triple vocation dans l’organisation du bâtiment ?

C. A. : Nous connaissions déjà en partie le domaine de l’odontologie puisque nous avions travaillé sur les locaux provisoires de l’école, situés à proximité du site. Nous avions ainsi identifié certains besoins : les espaces nécessaires autour d’un fauteuil, les circulations, le parcours patient, les attentes des équipes et les contraintes propres à cette activité.

Nous avons organisé le bâtiment par niveaux, en suivant rigoureusement le programme. Il fallait faire confiance au maître d’ouvrage, qui avait pris le temps de réunir les équipes, d’échanger avec elles et de construire un programme conforme à leurs pratiques et à leur expertise.

Nous avons donc cherché à répondre précisément à ces attentes, sans remettre en cause le fonctionnement défini avec les utilisateurs.

Quels étaient les principaux défis liés à l’implantation de ce nouvel équipement, situé en entrée de campus hospitalier et dans un environnement urbain très contraint ?

C. A. : La première contrainte était liée au site. La parcelle, de forme triangulaire, ne constituait pas une configuration simple pour organiser les différentes fonctions du bâtiment. Il fallait donc absorber cette géométrie tout en répondant aux exigences du programme. L’équipement devait également trouver sa place dans un environnement très marqué : le tramway longe la parcelle, l’hôpital se trouve à proximité immédiate et le projet devait établir une continuité entre le site du CHU et celui de l’université.

Nous avons travaillé cette transition à travers les couleurs et les matériaux, en utilisant notamment des tons pierre qui font écho à l’architecture des bâtiments historiques du CHU et du campus universitaire.

Nous avons également cherché à dialoguer avec le tramway par le rythme de la façade. Le jeu de panneaux évoque le mouvement et la vitesse, crée une ondulation, joue avec la lumière et apporte une présence plus accueillante à cette parcelle triangulaire, assez brute à l’origine. Les angles arrondis permettent par ailleurs de déployer le traitement de la façade sur les trois côtés, sans rupture, en offrant ainsi une expression architecturale homogène quel que soit l’angle depuis lequel le bâtiment est perçu.

Comment avez-vous travaillé les parcours et les usages pour répondre à la fois aux besoins des patients, des étudiants, des enseignants et des professionnels de santé ?

C. A. : La principale intervention architecturale et fonctionnelle que nous nous sommes autorisés concerne l’escalier dit « Chambord », conçu comme un escalier à double révolution. Il crée des circulations parallèles, optimise les surfaces et les déplacements tout en permettant de séparer les flux.

À la manière d’une tour, il s’implante dans un noyau central regroupant les fonctions support et les éléments techniques. Il est ainsi devenu le cœur du projet. Autour de ce noyau s’organisent les cabinets, les salles et les bureaux de manière très fluide. Les surfaces sont relativement homogènes, avec des salles et des cabinets dentaires conçus sur des bases proches, ce qui facilite les usages et la compréhension du bâtiment.

Nous avons également accordé une attention particulière à l’accueil des patients. Le rez-de-chaussée est généreux, ouvert et lumineux, afin de recevoir le public dans un environnement le moins anxiogène possible.

Une personne qui se rend chez le dentiste n’est jamais totalement rassurée, particulièrement lorsqu’elle arrive avec une douleur. Nous devions donc concevoir un parcours capable d’atténuer cette appréhension. Le patient devait découvrir un espace très lumineux, associant bois et matériaux chaleureux, se sentir en sécurité avant même d’entrer dans le parcours de soins et ne pas être immédiatement confronté à l’image du fauteuil dentaire.

Avec la nouvelle blanchisserie, AAGROUP intervient sur un programme très technique, à la croisée de l’architecture hospitalière, de la logistique et du process industriel. Comment aborder ce type de projet ?

C. A. : Nous l’abordons d’abord par le process. Pour ce type de programme, nous aimons travailler avec des entreprises qui apportent un véritable savoir-faire technique.

Sur cette opération, Jensen s’appuyait sur une équipe particulièrement expérimentée, forte de nombreuses réalisations de blanchisseries. Avant même de réfléchir à l’inscription du bâtiment dans le site, la première étape consistait donc à comprendre et à intégrer le process.

Quels sont les enjeux majeurs d’une blanchisserie hospitalière contemporaine en matière de flux, d’ergonomie, de performance et de sécurité sanitaire ?

C. A. : Il fallait concevoir une enveloppe capable d’accueillir le process tout en assurant de bonnes performances de confort, été comme hiver. Le bâtiment devait être performant dans son fonctionnement, fluide dans ses circulations et ses flux, mais également agréable pour les personnels.

Nous avons beaucoup travaillé sur la lumière naturelle. Certaines blanchisseries ont longtemps été conçues comme des espaces fermés, presque comme des bunkers. Or, pour des personnes qui travaillent toute la journée dans des conditions parfois difficiles, entre chaleur, humidité, bruit, odeurs et présence de linge souillé, disposer de vues sur l’extérieur est particulièrement important.

La qualité visuelle, l’acoustique, les odeurs et les autres nuisances ont également été prises en compte. Le projet repose ainsi sur une approche globale des perceptions sensorielles et des conditions de travail.

Dans quelle mesure ce projet illustre-t-il l’importance des fonctions supports dans le bon fonctionnement global d’un établissement hospitalier ?

C. A. : Ce projet montre qu’une fonction support telle que la blanchisserie joue un rôle essentiel dans le fonctionnement global d’un établissement hospitalier. Même si elle se situe à la croisée de la logistique et du process industriel, elle doit être conçue avec le même niveau d’exigence qu’un bâtiment de soins. Son implantation sur le site a donc été étudiée avec attention. Nous avons optimisé l’organisation afin de limiter les espaces de cour tout en conservant les surfaces nécessaires aux flux logistiques : les camions doivent pouvoir accéder au site, repartir et manœuvrer efficacement. Nous avons également souhaité préserver autant que possible la végétation en périphérie de la blanchisserie, afin de réduire son impact visuel depuis la rue et d’offrir un environnement plus qualitatif aux personnels. Depuis les espaces de travail, il était important de ne pas avoir uniquement pour horizon l’autoroute ou les bâtiments voisins, mais également la végétation.

Est-ce cette diversité de projets qui fait la richesse de la collaboration entre AAGROUP et le CHU de Dijon ?

C. A. : Cette diversité fait effectivement toute la richesse de notre collaboration. Nous sommes souvent interrogés sur la signature architecturale d’AAGROUP. Pour moi, chaque site, chaque programme et chaque maître d’ouvrage appelle une réponse différente. Notre manière d’aborder une opération est toujours singulière, parce qu’elle se construit également autour d’une relation humaine, elle-même unique.

Le champ des possibles est donc immense. Cette multiplicité de programmes et de fonctionnements nous enrichit en tant qu’architectes. Elle nous oblige également à interroger notre rapport à la santé, à l’humain et à nous-mêmes.

Le projet des services mortuaires est, à ce titre, l’un des projets les plus passionnants que j’ai menés dans ma carrière. Il nous a conduits à réfléchir à la mort, à son appréhension, à la manière dont les religions et les différents cultes l’envisagent, aux différences de pratiques et au symbolisme. Ce type de programme engage une réflexion particulièrement profonde. Par sa singularité, chaque projet confié par le CHU contribue ainsi à renforcer notre relation. Les équipes se succèdent et évoluent, comme dans toute organisation ; Toutefois, ces transitions ont toujours été positives. Les échanges sont demeurés riches et constructifs. Nous ne sommes pas dans une relation rigide, limitée à des réunions techniques ou administratives, mais dans une véritable relation de travail, fondée sur la confiance et le dialogue.

Le projet du Centre Ressources Autisme de Bourgogne repose sur la réhabilitation et l’extension d’un bâtiment existant. Quels étaient les principaux enjeux architecturaux et fonctionnels de cette opération ?

C. A. : Le projet concernait un ancien bâtiment de bureaux qui n’avait initialement pas été conçu pour un usage hospitalier et qui avait déjà connu plusieurs transformations importantes. Une question s’est donc rapidement posée : fallait-il le démolir ou le réhabiliter ?

Au fil des études, puis lors des phases de curage et de déconstruction, nous avons constaté la nécessité de consolider la structure, de surélever la charpente, de reprendre l’étanchéité et d’améliorer considérablement les performances de l’enveloppe. Le bâtiment présentait également une configuration particulière, avec deux niveaux, dont un rez-de-jardin semi-enterré bénéficiant de peu de lumière naturelle. Ce bâtiment désaffecté devait donc être entièrement réinventé.

Le programme prévoyait les surfaces et les locaux nécessaires à l’accueil des enfants et de leurs familles dans le cadre du diagnostic et du suivi de l’autisme. Deux enjeux se croisaient : le premier était d’ordre technique, avec la remise à niveau du bâti et le traitement de son enveloppe ; le second était profondément humain.

Il s’agissait de créer une structure agréable, avec des espaces engageants, adaptés aux besoins des familles et de jeunes publics particulièrement sensibles. Accueillir des enfants autistes suppose de dépasser la simple conception de bureaux ou la seule adaptation programmatique. L’attention portée à l’enfant était primordiale, tout comme celle accordée à sa famille, souvent présente dans un moment difficile, ainsi qu’aux équipes pédagogiques, pour lesquelles le bâtiment constitue avant tout un outil de travail.

Quel parti architectural avez-vous imaginé pour ce bâtiment ?

C. A. : Nous avons combiné rénovation et extension afin de répondre au programme et aux surfaces attendues. Sur le plan architectural, nous avons fait le choix d’une écriture très sobre.

Le bâtiment existant, de forme parallélépipédique, a été complété par une nouvelle aile dessinant un « L » et permettant de créer un patio. Le traitement des façades reste volontairement simple, avec des teintes pierre faisant écho à l’architecture du site universitaire.

L’objectif était de proposer un cadre apaisé, avec une trame régulière de fenêtres, des matériaux simples et chaleureux, comme le bardage bois qui accompagne l’entrée, et une présence architecturale discrète, sans éléments susceptibles de perturber les familles et les patients.

Des ambiances pensées pour les usages et les perceptions

Comment avez-vous abordé la conception d’espaces destinés à accueillir des publics sensibles, avec des besoins particuliers en matière de parcours, d’ambiances, de calme et de repères ?

C. A. : Dès le départ, nous avons beaucoup échangé avec les équipes appelées à gérer le centre. Elles nous ont précisé les couleurs pouvant être utilisées, mais aussi celles qu’il fallait proscrire, les géométries de pièces et de couloirs à privilégier, ainsi que les ambiances et les niveaux de confort à respecter selon les usages.

Nous avons donc travaillé conjointement les dimensions acoustiques, colorimétriques et visuelles. Les bureaux ont été séparés des locaux d’accueil et des espaces consacrés au diagnostic ou à la réception des enfants. Nous avons également évité les sols trop tramés, les carreaux ou les motifs susceptibles de générer de la confusion.

Chaque choix devait contribuer à créer un environnement calme, lisible et rassurant, tout au long du parcours d’accueil.

Quelle place occupent les espaces extérieurs, notamment le jardin sensoriel, dans la qualité d’accueil et d’accompagnement proposée par ce projet ?

C. A. : Le jardin sensoriel constitue une composante à part entière du programme. Les familles peuvent en effet être amenées à rester dans le bâtiment durant des journées entières pour les diagnostics.

Nous avons imaginé ce jardin afin que les enfants, mais aussi leurs parents, puissent, dans les moments les plus intenses, se ressourcer et retrouver leur calme dans un environnement multisensoriel offrant une palette variée mais maîtrisée de textures, de couleurs et d’odeurs.

Cet espace extérieur occupe donc une place importante dans le projet : il offre une véritable respiration en complément des espaces intérieurs.

L’environnement immédiat du bâtiment a également joué un rôle important. Bien que nous soyons en ville, au cœur du site du CHU, nous avons souhaité redonner une place importante au végétal afin de créer une forme de protection autour du lieu et d’offrir un cadre plus apaisé aux enfants et à leurs familles.

Le projet du nouvel hôpital de Langres s’inscrit sur un site singulier, marqué par son histoire et son environnement. Quels étaient les enjeux d’insertion architecturale et paysagère ?

C. A. : Le nouvel hôpital de Langres prend place dans l’ancienne citadelle, un site historique soumis à l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France. Nous intervenions donc dans un environnement très marqué, hérité d’une architecture militaire composée de bâtiments simples et parallélépipédiques, avec des toitures à pans, de la tuile, de l’ardoise, de l’enduit et de la pierre de Langres. Cette architecture possède une identité très forte. Nous avions d’abord proposé une écriture plus contemporaine, notamment avec du zinc couleur terre cuite, afin de dialoguer avec les toitures environnantes et le bâtiment principal restait traité dans des tons pierre, en harmonie avec la pierre de Langres. L’Architecte des Bâtiments de France nous a cependant demandé de retravailler cette proposition. Nous avons entendu cette demande. La forme générale et le fonctionnement, qui étaient justes, ont été conservés, tandis que l’écriture architecturale a été revue. Nous avons alors renforcé le travail autour de la terre cuite. Cette matière nous a permis d’inscrire naturellement le projet dans ce site militaire historique, marqué par l’enduit, la pierre, l’ardoise et la terre cuite. Nous avons décliné cette dernière de différentes manières, en l’harmonisant avec la pierre de Langres en façade.

Comment avez-vous travaillé la compacité du bâtiment, l’organisation des flux et la lisibilité des parcours pour répondre aux besoins d’un hôpital territorial contemporain ?

C. A. : Le fonctionnement du bâtiment a été défini assez rapidement. Nous avons retenu une forme en « 8 », conservée tout au long du dialogue compétitif parce qu’elle répondait particulièrement bien aux besoins du programme. Elle permettait d’organiser efficacement le rez-de-chaussée et le premier étage, tout en offrant une base claire pour répartir les grandes fonctions : stationnements, cours de service et logistiques, accès aux urgences et séparation des flux. Cette organisation s’est inscrite assez naturellement dans le projet. La forme en « 8 » a ainsi permis de concevoir un bâtiment compact, lisible et adapté aux besoins d’un hôpital territorial contemporain. Une fois le fonctionnement stabilisé, nous avons pu concentrer la réflexion sur l’insertion architecturale dans le site patrimonial. Cette structure solide nous laissait la possibilité de travailler plus finement l’écriture, les matériaux, les façades et l’accueil.

Au-delà de la réponse fonctionnelle, comment l’architecture peut-elle contribuer à l’attractivité d’un établissement de santé comme celui de Langres, pour les patients comme pour les professionnels ?

C. A. : au-delà du fonctionnement, nous avons cherché à donner au bâtiment une présence juste dans son environnement. Il ne fallait ni effacer l’hôpital dans le site, ni créer un objet architectural en rupture avec l’histoire de la citadelle. Le travail sur la terre cuite, la pierre et l’enduit nous a permis de trouver une forme de modernité en dialogue avec le patrimoine existant. Elle s’exprime notamment dans le traitement de l’accueil, de la façade principale et des ouvertures. L’architecture devait donner une image accueillante, claire et contemporaine de l’établissement, tout en respectant son environnement historique. Pour un hôpital territorial, cette qualité d’image est importante, car elle influence la manière dont les patients, les familles et les professionnels perçoivent le lieu. Le projet a finalement trouvé son équilibre en conservant le fonctionnement initial tout en retravaillant son expression architecturale. La réponse réalisée demeure ainsi très proche de celle qui avait été présentée au concours.

Comment décririez-vous la collaboration avec les équipes de la direction des travaux et du patrimoine du CHU Dijon Bourgogne, notamment celles pilotées par Christine Philippon ?

C. A. : Cette collaboration se déroule dans de très bonnes conditions. La Direction des Travaux et du Patrimoine du CHU de Dijon réunit des compétences et des profils très variés. Aujourd’hui piloté par Christine Philippon, ce service sait être à nos côtés aussi bien dans les phases simples que dans les situations plus complexes. Lorsqu’une difficulté apparaît, nous nous réunissons, nous échangeons et nous recherchons ensemble des solutions. Nous retrouvons dans cette collaboration l’attention à l’autre qui est propre au domaine de la santé. Dans d’autres contextes ou avec d’autres maîtres d’ouvrage, les échanges peuvent être plus techniques ou plus distants. À Dijon, la relation reste profondément humaine, avec des équipes disponibles, à l’écoute et ouvertes au partage. Lorsqu’un sujet doit être ajusté ou que le CHU nous demande de faire évoluer notre manière de travailler, les échanges restent toujours consensuels et constructifs. Cette écoute réciproque nourrit également les réponses architecturales. Le service technique associe par ailleurs les professionnels de santé et les cadres des services concernés. Leur présence dans les réunions et leur participation à la réflexion enrichissent fortement les projets du CHU.

Ces différents projets constituent-ils aussi une vitrine du savoir-faire d’AAGROUP et de sa capacité à aborder des programmes très différents de manière globale ?

C. A. : Nous avons eu la chance de réaliser de très beaux projets avec le CHU de Dijon. La façade de l’hôpital d’enfants, par exemple, demeure un repère très visible depuis la ville. Lorsque nous arrivons sur le site et que nous la découvrons, je me dis que la réponse apportée était juste.

Pour AAGROUP, cette relation avec le CHU représente une réelle opportunité. L’établissement nous a permis de nous exprimer à l’échelle d’un site global, à travers des programmes extrêmement différents.

Nous mesurons la chance d’avoir pu intervenir dans ce contexte et avons toujours cherché à transformer les opportunités qui nous étaient confiées en réponses positives. Même lorsqu’un projet n’aboutit pas, l’exercice peut rester très enrichissant. Nous avons, par exemple, participé au concours pour le futur bâtiment de psychiatrie du CHU. Nous ne l’avons pas remporté, mais ce travail nous a permis d’aborder une nouvelle fois le site, dans un autre secteur, en nous confrontant à d’autres bâtiments existants et à de nouveaux enjeux architecturaux.

Plus largement, quelle vision portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de l’architecture hospitalière et sur la manière dont AAGROUP souhaite accompagner les établissements de santé dans leurs transformations ?

C. A. : L’architecture hospitalière connaît aujourd’hui une évolution profonde de ses principes de conception. Longtemps structurée prioritairement par les impératifs techniques, fonctionnels et programmatiques, elle intègre désormais de manière croissante les dimensions humaines, sensibles et relationnelles du projet. Cette évolution traduit une transformation importante dans la manière de penser l’hôpital : au-delà de sa fonction première de lieu de soins, celui-ci est progressivement envisagé comme un environnement de vie, d’accueil et d’accompagnement, conçu pour répondre aux besoins de l’ensemble de ses usagers — patients, proches, aidants et professionnels. Cette approche conduit à accorder une attention renouvelée à la qualité des espaces, à la lumière naturelle, aux ambiances, aux matériaux, aux parcours et aux relations entre les différents usages. Il ne s’agit pas d’opposer la dimension technologique à la dimension humaine, mais de les articuler afin que la performance architecturale et fonctionnelle demeure au service des personnes. Cette attention portée à l’humain est fondamentale. Dans un contexte où les pratiques médicales, les technologies et les modes de prise en charge connaissent des transformations rapides, cette capacité à replacer l’humain au centre constitue, selon moi, l’un des enjeux majeurs de l’architecture hospitalière contemporaine. C’est, selon moi, la voie à suivre pour concevoir des hôpitaux plus agréables, plus lumineux et davantage ouverts sur le monde extérieur. Bien sûr, l’architecture hospitalière reste également profondément technologique. Les modes de prise en charge évoluent rapidement, avec des équipements, des traitements et des technologies toujours plus performants. L’intelligence artificielle fait elle aussi partie des sujets incontournables. Elle intervient déjà dans certains soins, dans les diagnostics, ainsi que dans l’analyse et la gestion des données. Tous ces éléments devront être intégrés aux futurs projets hospitaliers. Toutefois, un principe fondamental doit demeurer au cœur de toute réflexion : même si l’intégration de la technologie apparaît désormais incontournable, celle-ci doit avant tout être pensée et mise en œuvre à partir des besoins, des attentes et des réalités des individus. À mes yeux, cette approche centrée sur l’humain constitue le fondement essentiel de toute démarche technologique pertinente et durable.

 

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