© Michel DenancéAprès plus d’une décennie de conception et sept années de chantier, le nouveau CHU de la Guadeloupe ouvre enfin ses portes à Belle-Plaine. Implanté sur 19 hectares, cet ensemble de 85000 m² remplace un établissement devenu inadapté aux besoins du territoire et vulnérable face aux risques naturels. Conçu par Architecturestudio avec Babel, L’Agence et Ingérop, il propose une organisation hospitalière entièrement repensée, répondant aux contraintes sismiques, cycloniques et climatiques propres à l’archipel, dans une architecture ancrée dans les usages et la culture guadeloupéens.
Reconstruire pour changer de modèle
Le projet est né d’un double constat : l’ancien CHU répondait de plus en plus difficilement aux évolutions de la médecine et sa vulnérabilité face au risque sismique constituait une préoccupation majeure. Après plusieurs hypothèses de restructuration, la reconstruction complète s’impose à Belle-Plaine.
Lauréate du concours, Architecturestudio s’est associé notamment à Ingérop pour l’ingénierie et à des partenaires connaissant finement le territoire. Climat tropical, sismicité, risque cyclonique, topographie et vents dominants imposent d’emblée une conception spécifique. Mais le projet ne se résume pas à une réponse technique. « Nous voulions faciliter l’appropriation du lieu et concevoir un hôpital dans lequel la population puisse se reconnaître », explique Laurent-Marc Fischer, architecte. L’équipe s’est appuyée également sur un sociologue et sur l’agence locale Alain-Nicolas.
Un hôpital conçu comme un quartier
Plutôt qu’un grand monobloc, les concepteurs choisissent plusieurs bâtiments interconnectés, aux hauteurs volontairement limitées. Cette composition puise notamment dans les rues, les cours et le lakou créole. Les secteurs de consultation et d’hospitalisation se développent autour de patios reliés à un axe central.
Avec l’agence TER et Caraïbes Paysages, la maîtrise d’œuvre travaille aussi sur des essences végétales locales, odorantes ou médicinales. Lumière naturelle, végétation et couleurs inspirées de l’environnement antillais donnent une identité propre aux bâtiments.
La rue Caraïbes, colonne vertébrale du projet
Longue de 250 mètres et large de 12 mètres, la rue Caraïbes relie les principaux bâtiments. Protégée du soleil, mais naturellement ventilée, cette rue couverte est à la fois un axe de circulation et un lieu de convivialité. Sa toiture et ses protections solaires favorisent la circulation des alizés tout en limitant les apports thermiques.
Elle organise aussi les flux. Le public circule principalement à son niveau ; les patients alités et les équipes médicales disposent de galeries spécifiques vers le plateau technique ; une galerie logistique dessert les flux d’approvisionnements, de maintenance et de déchets. Le dénivelé du terrain a permis de créer deux niveaux de rez-de-chaussée et de limiter les croisements. Ici, l’architecture ne se contente pas d’abriter les fonctions hospitalières : elle organise leurs relations.
Répondre aux extrêmes par l’architecture
Séisme, cyclone, climat tropical, crises sanitaires : le nouveau CHU concentre des contraintes rarement réunies à une telle échelle. Pour Laurent-Marc Fischer, « l’un des principes fondamentaux a été de répondre à ces enjeux d’abord par l’architecture et la géométrie ».
Le choix du polybloc permet d’adapter chaque structure à son programme. Consultations, hospitalisation et fonctions tertiaires n’imposent pas les mêmes exigences que le plateau médico-technique, qui concentre les équipements les plus lourds et les activités les plus sensibles. Cette organisation favorise l’évolutivité et participe au comportement parasismique de l’ensemble.
Le climat tropical a également façonné l’écriture architecturale. Préfaçades, protections solaires et surtoitures réduisent l’exposition au rayonnement solaire : il s’agit d’abord de limiter les besoins avant de mobiliser les installations de refroidissement et de déshumidification. François Dupire, Directeur Pôle Public Santé Transport chez Ingérop, souligne que les connaissances des ingénieurs locaux et les retours d’expérience d’autres bâtiments ultramarins ont permis d’affiner le dimensionnement des installations. Le plateau technique bénéficie, lui, d’un traitement parasismique spécifique issu d’un travail étroit entre architectes et ingénieurs.
