
Fondée en 1996 par Véronique Eon et Philippe Dürr, Emergence Architectes s’est très rapidement tournée vers le secteur de la santé, qui constitue aujourd’hui le cœur de son activité. Au fil de trois décennies de pratique, l’agence a développé une connaissance approfondie de l’univers hospitalier, intervenant sur une grande diversité de programmes : hospitalisation, maternité, psychiatrie, médecine nucléaire, imagerie, blocs opératoires, réanimation, oncologie, laboratoires ou encore structures médico-sociales. Une diversité qui lui permet d’appréhender aussi bien les enjeux fonctionnels et techniques que la qualité des espaces proposés aux patients, aux proches et aux professionnels. Cette expérience s’est notamment construite à travers de nombreuses opérations de restructuration, d’extension et de constructions neuves, souvent menées au sein d’établissements en activité. Une pratique qui impose de composer étroitement avec l’existant, d’anticiper les contraintes techniques et structurelles et de porter une attention particulière aux flux et au phasage. Emergence développe parallèlement une approche attentive aux usages et aux ambiances, où la fonctionnalité hospitalière dialogue avec la lumière, les matériaux, la couleur et la recherche de lieux plus accueillants et rassurants. Trente ans après sa création, l’agence poursuit son développement tout en préparant sa transmission. La nomination récente d’Aziliz Le Pessot et Delphine Eon comme associées, aux côtés des deux fondateurs, marque une nouvelle étape dans cette trajectoire. Une évolution pensée dans la continuité d’une culture d’agence fondée sur la proximité avec les maîtrises d’ouvrage, le dialogue avec les utilisateurs et une approche pluridisciplinaire du projet.
Propos recueillis auprès de Véronique Eon et Philippe Dürr, architectes associés et fondateurs d’Emergence Architectes
Comment définiriez-vous Emergence Architectes aujourd’hui, près de trente ans après la création de l’agence ?
Véronique Eon : Emergence est une agence présente dans le secteur hospitalier depuis 1998 et qui dispose aujourd’hui d’une solide expérience dans ce domaine, avec plus de 300 opérations hospitalières à son actif. Nous avons également la chance de pouvoir nous appuyer sur une équipe très disponible et sur une véritable cohésion au sein de l’agence. Cette qualité du collectif se retrouve dans les relations que nous entretenons avec nos clients, auprès desquels nous bénéficions d’une très bonne réputation.
La santé occupe une place majeure dans l’histoire d’Emergence. Comment cette expertise s’est-elle construite au fil des années et pourquoi la santé ?
V. E. : Avant de créer Emergence, Philippe et moi avons travaillé pendant sept ans au sein de la même agence, B&B architectes. Lorsque nous avons quitté cette structure, fin 1995, nous avons décidé de créer notre propre agence puisque nous avions l’habitude de travailler ensemble et que nous nous entendions bien. Nous sommes véritablement partis de rien, dans une pièce de l’appartement de Philippe ! À nos débuts, nous avons notamment travaillé en prestation pour Michel Andrault, tout en développant nos propres projets. Nous avions déjà acquis une bonne expérience du logement social et avons rapidement remporté un premier concours dans ce domaine. Notre rencontre avec le monde hospitalier s’est faite presque par hasard.
Philippe Dürr : Nous avons été sollicités pour participer à l’étude de faisabilité de la nouvelle maternité de l’hôpital Cochin. Notre mission consistait alors à produire les plans et les perspectives du projet. C’est à cette occasion que nous avons noué nos premiers contacts avec l’hôpital et que la possibilité de travailler directement sur nos propres opérations hospitalières s’est présentée.
V. E. : Nous découvrions alors totalement l’architecture hospitalière. Nous avions une trentaine d’années, sans doute une certaine insouciance mais surtout beaucoup d’envie et d’investissement. Une étape déterminante est ensuite intervenue à la Pitié-Salpêtrière. Le directeur de Cochin qui avait rejoint l’établissement nous avait proposé de répondre à deux opérations. Nous pensions avoir davantage de chances sur la plus petite ; nous avons finalement été retenus pour la plus importante, un service d’hématologie clinique particulièrement technique. Nous avons beaucoup travaillé avec l’équipe médicale et ce projet a véritablement lancé Emergence dans le secteur hospitalier. Pendant quelques années, nous avons continué à mener parallèlement des opérations de logement social, avant de choisir progressivement de nous consacrer davantage à la santé. Nous avons toujours été attirés par les projets utiles et nécessaires : c’était déjà ce qui nous intéressait dans le logement social et nous avons retrouvé cette dimension à l’hôpital. Au fil des années, nous sommes ainsi intervenus sur pratiquement toutes les composantes d’un établissement : blocs opératoires, réanimation, médecine nucléaire, hématologie, hospitalisation…
Comment sont constituées vos équipes et comment articulez-vous, au sein de l’agence, les différentes compétences qui y sont réunies ?
Ph. D. : Lorsque nous avons créé Emergence en 1996, nous avons commencé sans salarié puis l’équipe s’est progressivement étoffée, d’abord essentiellement autour d’architectes. Assez rapidement, nous avons considéré qu’il était important d’intégrer également une compétence en économie de la construction, tant l’architecture et l’économie sont étroitement liées. Nous avons ainsi créé Emergence Ingénierie en 2012 et intégré notamment un économiste ainsi que des compétences en OPC. Chaque opération est aujourd’hui confiée à un chef de projet. Véronique et moi intervenons comme directeurs de projet et nous nous répartissons le suivi des différentes opérations, tout en restant chacun informés de l’ensemble des projets de l’agence. Nous tenons surtout à conserver une implication très directe dans notre métier. Nous continuons à participer à la conception et, lorsque l’occasion se présente, à suivre nous-mêmes certains chantiers. Cette proximité avec les projets est importante pour nous : diriger l’agence ne doit pas nous éloigner de l’architecture ni de la réalité du terrain. Pour des projets de plus grande envergure, nous nous associons à d’autres agences d’architecture.
