
À la croisée de l’architecture intérieure, du design, de la scénographie et du graphisme, Studiooo développe une approche de design global qui envisage un ensemble cohérent, pensé à l’échelle de l’expérience humaine. Fondée par Étienne Cassier, l’agence intervient notamment dans le domaine de la santé, où la qualité des ambiances, des parcours et des perceptions participe pleinement à l’accueil des patients, de leurs proches et des professionnels. Matières, lumière, couleurs, mobilier, signalétique et interventions artistiques composent ainsi un même langage, au service d’espaces fonctionnels, sensibles et profondément humains. Cette démarche trouve une résonance particulière dans des établissements longtemps structurés autour des impératifs de performance et d’efficacité. Sans remettre en cause ces exigences, Studiooo défend une architecture capable d’accompagner les émotions, de réduire le stress, de faciliter l’orientation et de renforcer le sentiment de sécurité. La scénographie hospitalière, la biophilie, les recherches et observations de la neuroarchitecture nourrissent cette réflexion, qui considère l’art non comme un simple décor, mais comme un support de narration, d’identité et d’appropriation. Du CH Le Vinatier à l’Institut de la Fertilité de Provence, chaque projet recherche ainsi un équilibre entre organisation des soins, qualité d’usage et expérience sensible.
Propos recueillis auprès d’Étienne Cassier, Studiooo
Comment votre réflexion sur la dimension sensible des lieux de soins s’est-elle construite ?
Etienne Cassier : Cette réflexion s’est construite progressivement, au fil des projets et surtout des échanges avec les maîtres d’ouvrage et de ma collaboration avec l’artiste Jean-Paul Espinosa et de notre réflexion commune sur la place de l’art et du récit dans les environnements de santé. Nous partagions le même constat : l’architecture hospitalière avait gagné en efficacité, en fonctionnalité et en performance, mais parfois au prix d’une certaine neutralité émotionnelle. Les lieux de soins accueillent pourtant des situations humaines particulièrement fortes. Il devenait donc essentiel de dépasser la seule réponse technique pour mieux prendre en compte l’expérience vécue et les émotions suscitées par les espaces.
Pourquoi l’architecture hospitalière doit-elle aujourd’hui dépasser la seule réponse fonctionnelle ?
E. C. : Cette transformation était nécessaire. Elle a accompagné les progrès de la médecine, permis d’accueillir davantage de patients et structuré les parcours de soin. Maintenant il devient essentiel de réenchanter les lieux de soins ! Chaque espace, chaque transition, chaque lumière participent à une histoire vécue par le patient, le soignant et le visiteur. Un établissement de santé ne peut donc pas être envisagé uniquement à travers son organisation fonctionnelle. Des patients y vivent des moments de fragilité, des proches y attendent, des professionnels y travaillent quotidiennement. L’architecture doit accompagner ces différentes expériences, mais aussi accueillir, rassurer, protéger et donner confiance. Elle doit également s’adapter aux personnes auxquelles elle s’adresse. Un espace destiné à des enfants, à des parents ou à des personnes âgées ne peut pas produire la même ambiance. Une conception guidée uniquement par la fonctionnalité peut conduire à une écriture uniforme, alors que chaque lieu de soin doit être pensé à partir de ses usagers et des émotions qui le traversent.
Comment définiriez-vous la scénographie hospitalière ?
E. C. : La scénographie hospitalière consiste à construire un récit spatial associant l’architecture, l’art, la lumière, le graphisme, les couleurs et les matières afin de donner une identité au lieu. Cette narration accompagne les patients et leurs proches tout au long de leur parcours, crée des repères et rend les espaces plus lisibles. Elle contribue également à dynamiser les lieux de travail et à améliorer l’expérience quotidienne des professionnels de santé.
