© ©Tourret Architectes«Cette capacité d’anticipation fait aujourd’hui toute la pertinence de RéadapTIC»
Propos recueillis auprès de Charlotte Viguier, Directrice Grands Projets Régions chez Léon Grosse Construction
Quelles sont aujourd’hui les principales évolutions du groupe Léon Grosse et les axes qui accompagnent son développement ?
Charlotte Viguier : Léon Grosse est avant tout un groupe familial, détenu à plus de 90 % par la famille Grosse, qui connaît aujourd’hui une dynamique de développement importante. Depuis plusieurs années, nous avons engagé une diversification de nos activités, notamment dans les métiers de la rénovation et du patrimoine, avec une expertise forte sur les monuments historiques mais aussi dans les façades, la rénovation énergétique et l’immobilier. Cette évolution s’est notamment appuyée sur plusieurs opérations de croissance externe. Le groupe s’est transformé en 2025 afin de mieux identifier et renforcer certains de ses grands métiers. Les Grands Projets, auxquels j’appartiens, constituent l’un de ces axes de développement. Une Direction Nationale des Grands Projets a ainsi été créée avec une ambition claire : permettre à Léon Grosse de se positionner sur des opérations structurantes sur l’ensemble du territoire. Cette évolution s’inscrit dans la continuité de l’histoire de Léon Grosse, entreprise de construction créée en 1881, tout en élargissant progressivement son champ d’intervention et les expertises qu’elle est capable de mobiliser sur des projets de plus en plus complexes.
Quels sont les grands projets que vous développez actuellement ?
C. V. : La Direction Nationale des Grands Projets est organisée autour de deux pôles : l’un en Île-de-France et l’autre en régions, dont j’ai la responsabilité. En régions, nous intervenons actuellement sur plusieurs opérations importantes et dans des secteurs assez diversifiés. Nous avons notamment une activité soutenue dans le domaine pénitentiaire, avec un établissement en cours de livraison et un nouveau projet d’environ 140 millions d’euros qui vient de démarrer en Bretagne. La santé occupe également une place importante, avec le lancement du chantier RéadapTIC au CHU Dijon-Bourgogne et l’extension-restructuration du Centre Hospitalier Alpes Léman à Contamine-sur-Arve. Nous réalisons par ailleurs un important projet scolaire à Groisy, en Haute-Savoie, comprenant la restructuration d’un collège existant et la construction neuve d’un collège, d’un gymnase et d’une demi-pension.
En Île-de-France, Léon Grosse porte également plusieurs grands projets dans la santé comme l’Institut universitaire de chirurgie Francine Leca pour l’AP-HP. D’autres opérations concernent la culture, le sport et l’enseignement, du secondaire jusqu’au supérieur, et les transports. Notre activité reste ainsi très diversifiée, avec une part importante de marchés publics. Notre ADN commun dans tous ces projets : accompagner les maîtres d’ouvrage publics, comprendre l’évolution de leurs besoins et les traduire en projets concrets.
Quel type d’approche vous développez pour accompagner ces grands projets ?
C. V. : Nous disposons d’abord de compétences internes et d’équipes spécialisées dans le pilotage des grands projets car ces opérations ne se conduisent pas tout à fait comme des projets plus classiques. En régions notamment, nous intervenons souvent dans le cadre de marchés globaux ou de marchés de conception-réalisation. Nous partons alors d’une expression de besoin, parfois synthétisée en quelques pages, qu’il faut progressivement transformer en un projet concret, jusqu’à sa réalisation et sa réception plusieurs années plus tard. Cela suppose de savoir traduire cette ambition en solutions techniques et architecturales, de proposer des variantes, mais aussi de piloter des équipes très larges. En tant qu’entreprise générale et mandataire du groupement, nous travaillons étroitement avec les architectes, les bureaux d’études et l’ensemble des partenaires associés au projet. Cette capacité de coordination est essentielle pour conserver une vision globale et garantir la cohérence entre conception et réalisation.
L’autre dimension fondamentale est l’écoute du maître d’ouvrage. Même lorsqu’un besoin est précisément formulé dans un programme, il faut continuer à échanger, à questionner les usages et à approfondir les attentes. Notre rôle consiste aussi à faire évoluer certaines idées pour parvenir à une solution à la fois plus efficiente et, lorsque c’est possible, plus ambitieuse, plus vertueuse, que celle imaginée au départ.
Pourquoi Léon Grosse a-t-il souhaité s’engager sur le projet RéadapTIC du CHU de Dijon-Bourgogne ?
C. V. : Plusieurs éléments nous ont particulièrement intéressés dans RéadapTIC. Il y a d’abord notre ancrage historique à Dijon : Léon Grosse est présent sur le territoire depuis près de cent ans et nous avons naturellement à cœur de continuer à accompagner son développement, notamment aux côtés d’un maître d’ouvrage ambitieux comme le CHU Dijon-Bourgogne.
RéadapTIC correspond également pleinement au type d’opérations que nous souhaitons développer au sein des Grands Projets Régions : un projet hospitalier important, réalisé en conception-réalisation, qui mobilise des compétences très diverses et suppose un travail étroit avec la maîtrise d’ouvrage, les architectes et les bureaux d’études.
Enfin, c’est surtout un projet particulièrement innovant, avec une véritable projection vers ce que pourra être demain la prise en charge des patients en rééducation et en réadaptation, une intégration poussée des technologies. L’innovation, la recherche, est au cœur du programme, aussi bien dans les usages que dans la conception du bâtiment et sa capacité à intégrer les évolutions futures. Participer à ce type de projet, qui cherche à faire évoluer les conditions de soin et de réadaptation, correspond pleinement à nos ambitions.
Le concours a été lancé il y a 5 ans et le projet conçu il y a plusieurs années. Comment a-t-il su rester en phase avec les besoins et les attentes actuelles des utilisateurs ?
C. V. : C’est l’une des grandes forces de ce projet ! Le CHU a eu la capacité d’anticiper très en amont les besoins des futurs utilisateurs et de les définir avec suffisamment de précision pour que le programme reste pertinent plusieurs années plus tard. Cette vision était déjà très ambitieuse au moment du concours et elle conserve aujourd’hui toute son actualité. L’équipe de conception a ensuite su traduire ces besoins dans un projet capable de traverser le temps. Je pense que cette réussite tient beaucoup au travail mené collectivement entre le maître d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et Léon Grosse. Les échanges, la coopération et le travail mené main dans la main ont permis de préserver la cohérence du projet malgré une temporalité particulièrement longue. Il fallait finalement être capable, dès l’origine, de se projeter dix ans plus tard et d’imaginer un bâtiment qui reste adapté aux pratiques et aux attentes au moment de sa livraison. C’est cette capacité d’anticipation qui fait aujourd’hui toute la pertinence de RéadapTIC.
Comment poursuivez-vous aujourd’hui le travail avec les équipes du CHU afin d’intégrer l’évolution des usages et les nouvelles attentes des utilisateurs ?
C. V. : Nous poursuivons ce travail à travers des échanges réguliers avec le maître d’ouvrage et les équipes du CHU. Ils permettent de vérifier que le projet reste en adéquation avec les usages et, lorsque cela est nécessaire, d’ajuster certains éléments. Ces évolutions restent cependant assez marginales, ce qui confirme la qualité du travail réalisé dès l’origine sur la définition des besoins. Les utilisateurs continuent néanmoins à être pleinement associés au projet, notamment sur les questions d’ergonomie, de signalétique, d’ambiances intérieures ou encore sur les innovations qui seront intégrées au bâtiment. La dynamique d’ateliers de co-construction et de service design débutée en amont du projet est essentielle. Certains choix effectués il y a plusieurs années doivent naturellement être réactualisés, notamment parce que les produits ou les technologies ont évolué. Cette continuité dans les échanges est essentielle : elle permet de préserver l’esprit initial du projet tout en l’adaptant aux évolutions intervenues depuis sa conception et à celles qui se dessinent encore d’ici sa mise en service.
RéadapTIC est réalisé dans le cadre d’un marché global de performance. Quels sont les atouts de ce mode de réalisation pour cette opération et plus largement pour les autres projets hospitaliers ?
C. V. : L’intérêt du marché global de performance est multiple. Il apporte d’abord au maître d’ouvrage une forte sécurisation du projet, avec des engagements sur le coût, les délais et les performances attendues. Cette visibilité est particulièrement importante dans le secteur hospitalier, où la mise en service d’un nouveau bâtiment conditionne directement l’organisation des activités et la capacité de l’établissement à développer ses prises en charge. Le dialogue compétitif constitue également un véritable atout. Pendant plusieurs mois, nous avons pu échanger avec le CHU, approfondir ses attentes et faire évoluer notre proposition. À l’issue de cette phase, le maître d’ouvrage connaît donc précisément le projet qu’il retient et peut s’assurer qu’il répond bien à ses besoins, tout en bénéficiant ensuite d’engagements contractuels sur sa réalisation. Dans le cas de RéadapTIC, le marché global de performance va encore plus loin puisqu’il intègre également des objectifs de performance énergétique, de maintenance et de suivi de l’innovation après la mise en service. Pour un maître d’ouvrage public, et plus particulièrement hospitalier, ce mode de réalisation offre donc un cadre particulièrement sécurisant, depuis la conception jusqu’aux premières années de fonctionnement du bâtiment.
Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
C. V. : Le chantier est désormais pleinement engagé et va suivre son déroulement jusqu’à la réception du bâtiment. Nous restons pour l’instant dans la trajectoire prévue, même si la réhabilitation d’un bâtiment existant réserve toujours certaines surprises. Nous avons notamment rencontré quelques découvertes en cours de chantier qui peuvent nécessiter des adaptations. Les prochaines étapes seront donc celles d’un chantier hospitalier de cette ampleur, avec un suivi très attentif des travaux et des ajustements qui pourront être nécessaires. La relation avec le maître d’ouvrage se construit véritablement au quotidien, dans un dialogue permanent avec les équipes du CHU. Aujourd’hui, cette collaboration fonctionne très bien et nous permet d’aborder les difficultés au fur et à mesure pour préserver la bonne conduite du projet.
