Architecture Hospitalière N°59-60

Les grands reportages de ce numéro
CHU Dijon Bourgogne : Un cap stratégique clair, un schéma directeur urbanistique et immobilier et un projet médical partagé de subdivision pour projeter le CHU à 10/15 ans
Centre Hospitalier de Dunkerque : Le schéma directeur, le défi de reconstruire sur l’existant
Nouveau CHU de la Guadeloupe : l’hôpital des extrêmes
EDITO N°59-60
Construire un hôpital, c’est faire des choix pour plusieurs décennies dans un monde qui, lui, évolue de plus en plus vite. Les pratiques médicales changent, les organisations se transforment, les technologies accélèrent, les contraintes économiques se renforcent et le changement climatique impose désormais ses propres exigences. Pourtant, les décisions prises aujourd’hui engageront les établissements pour plusieurs décennies.
Ce paradoxe traverse largement ce nouveau numéro d’Architecture Hospitalière. Il ne s’agit plus seulement de construire pour répondre à un programme, mais de donner aux établissements les moyens d’évoluer sans avoir à tout recommencer. Fidèle à sa vocation, Architecture Hospitalière s’attache à rendre compte de cette diversité à travers les projets portés par les établissements, des grands CHU aux centres hospitaliers qui transforment eux aussi en profondeur leur outil de soins. Ce numéro en offre plusieurs illustrations, dans des contextes et à des échelles très différents.
Le nouveau CHU de la Guadeloupe en est un exemple particulièrement fort. Conçu pour répondre à un environnement soumis à des risques multiples, il place la résilience et la continuité des soins au cœur du projet. Au CHU de Dijon, cette capacité à anticiper s’inscrit dans une stratégie de transformation à long terme, pensée pour accompagner les ambitions de l’établissement tout en préservant ses possibilités d’évolution. Au Centre Hospitalier de Dunkerque, elle se confronte à une autre réalité : celle d’un hôpital qui se reconstruit sur lui-même, en cœur de ville et en maintenant son activité. Une transformation progressive où chaque étape doit préparer la suivante.
Le patrimoine hospitalier prolonge cette réflexion : conserver, transformer ou reconstruire suppose désormais de regarder au-delà des besoins immédiats et d’arbitrer entre usages, économie, environnement et capacité d’évolution.
Ce n’est sans doute pas un hasard si cette même interrogation traverse une grande partie du programme 2026 des Journées de l’Architecture en Santé à Menton : comment concevoir des établissements capables de changer ? Constructions neuves, régénération des sites existants, adaptation climatique, évolution des organisations ou anticipation des crises ramènent finalement à une même responsabilité : ne pas seulement répondre aux besoins que nous connaissons, mais laisser une place à ceux que nous ne connaissons pas encore.
Et c’est peut-être là que se situe aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de l’architecture hospitalière : construire avec des certitudes suffisamment fortes pour agir, sans transformer ces certitudes en contraintes pour demain.
© faust favartChristophe Pradier,
Rédacteur en chef adjoint
