
Dans les établissements de santé, la maîtrise du risque microbiologique dans les réseaux d’eau constitue un enjeu majeur. Si les stratégies de prévention se concentrent souvent sur la qualité de l’eau et la température des réseaux, certains points d’usage restent particulièrement sensibles. C’est notamment le cas des douches, et plus précisément des flexibles et douchettes, où des volumes d’eau résiduelle peuvent persister entre deux utilisations. Ces zones de stagnation, souvent invisibles, créent des conditions favorables au développement de micro-organismes. Lorsque l’eau demeure immobile, notamment à température ambiante, elle peut favoriser la formation de biofilms, supports propices à la prolifération bactérienne. Dans des environnements où les usages sont intermittents (chambres inoccupées, équipements peu sollicités), ce phénomène peut être accentué.
C’est dans ce contexte qu’une étude menée par le professeur Bockmühl s’est intéressée au comportement microbiologique des flexibles de douche en fonction de leur niveau de vidange après utilisation. Les travaux mettent en évidence un point essentiel : la présence d’eau stagnante dans les flexibles favorise significativement le développement du biofilm. À l’inverse, lorsque le flexible est vidé de son eau, ce développement est nettement limité. Les résultats montrent notamment un écart significatif entre les deux configurations, avec un développement bactérien pouvant être jusqu’à trois fois plus important dans un flexible maintenu humide que dans un flexible correctement vidangé. Cette distinction entre conditions humides et conditions sèches apparaît ainsi comme un levier concret de prévention.
Dans ce cadre, certains dispositifs techniques permettent d’agir directement à l’échelle du point d’usage. Le raccord anti-stagnation développé par DELABIE s’inscrit dans cette logique. Installé en sortie de robinetterie de douche, il permet l’évacuation automatique de l’eau résiduelle présente dans le flexible après utilisation, limitant ainsi les volumes d’eau stagnante. Présent depuis plusieurs années dans la gamme Santé, ce type de solution répond à une approche pragmatique de la prévention : agir sur les zones critiques, souvent négligées, pour réduire les conditions favorables au développement bactérien. L’étude du professeur Bockmühl vient ainsi apporter une validation scientifique à des principes déjà intégrés dans la conception de certains équipements. À l’heure où les établissements de santé renforcent leurs exigences en matière de sécurité sanitaire, ces travaux soulignent l’importance d’une approche globale, intégrant à la fois la conception des produits, leurs conditions d’usage et leur maintenance, pour maîtriser durablement les risques microbiologiques dans les réseaux d’eau.
Propos recueillis auprès de Céline Caille, Directrice de marché – Gamme Santé
Dans les réseaux d’eau sanitaire, la stagnation de l’eau est identifiée comme un facteur important de développement microbiologique. Pourquoi ces zones d’eau stagnante constituent-elles un risque particulier, notamment dans les douches ?
Céline Caille : Les légionelles se développent plus facilement dans des eaux tièdes. Or, dans les installations sanitaires, et notamment dans les chambres, les températures avoisinent souvent les 25 °C, ce qui crée des conditions favorables à leur développement. L’eau peut aussi rester chaude dans certaines parties de l’installation, comme par exemple dans les flexibles ou les pommeaux de douche, ce qui accentue le risque. L’enjeu est donc d’éviter au maximum toute stagnation de l’eau, afin de limiter le développement de ces bactéries.
Les flexibles de douche et les douchettes sont souvent identifiés comme des points sensibles dans les installations sanitaires. Qu’est-ce qui explique cette vulnérabilité d’un point de vue technique ?
C. C. : Cette vulnérabilité tient principalement à leur positionnement et à leur usage au quotidien. En théorie, les pommeaux de douche sont prévus pour être suspendus sur un support. Mais dans la pratique, ils sont souvent posés directement sur le mitigeur, par facilité. Cette configuration favorise la stagnation de l’eau dans le flexible, puisque celui-ci ne se vidange pas correctement. L’eau peut ainsi rester piégée entre deux utilisations. Nous l’observons d’ailleurs très concrètement lors de la remise en service du mitigeur : un léger temps de latence apparaît, avec un écoulement d’eau plus froide au départ. Cette latence traduit la présence d’une eau qui a stagné dans le flexible. Or, dès lors qu’il y a stagnation, il existe un risque de développement bactérien, ce qui explique la sensibilité particulière de ces éléments dans les installations sanitaires.
Une étude menée par le professeur Bockmühl s’est intéressée à la formation de biofilms dans les flexibles de douche. Quels enseignements principaux tirez-vous de ces travaux concernant l’impact de l’eau stagnante ?
C. C. : Cette étude met en évidence un point très concret : la présence d’un raccord anti-stagnation permet de réduire significativement le développement bactérien. Les résultats montrent qu’il peut être jusqu’à trois fois moins important lorsque le flexible est correctement vidé après usage. À l’inverse, lorsque l’eau reste dans le flexible, elle constitue une source de contamination potentielle. La stagnation favorise le développement bactérien, ce qui confirme l’importance de limiter ces volumes d’eau résiduelle. Ces travaux illustrent clairement la différence entre un flexible maintenu humide et un flexible vidé de son eau après utilisation. Dans le premier cas, les conditions sont réunies pour le développement du biofilm, tandis que dans le second, ce risque est nettement réduit.
Cette distinction entre un flexible maintenu humide et un flexible vidé de son eau est-elle déterminante dans la prévention du biofilm ?
C. C. : Cette distinction est importante, notamment en lien avec les conditions d’usage des installations. Dans la pratique, les points d’eau ne sont pas utilisés en continu. Selon les périodes, et notamment dans les établissements de santé, certaines chambres peuvent rester inoccupées pendant plusieurs jours. Ces phases de non-utilisation prolongent les temps de stagnation de l’eau dans les équipements, en particulier dans les flexibles. C’est précisément dans ces périodes que le risque de développement bactérien augmente. Plus l’eau reste immobile longtemps, plus les conditions sont favorables à la formation de biofilm. La maîtrise de ces temps de stagnation constitue donc un élément clé dans la prévention du risque microbiologique.
