© Antoine MartelÉtablissement de recours et acteur hospitalo-universitaire majeur en Bourgogne-Franche-Comté, le CHU Dijon Bourgogne s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle trajectoire de développement, pensée pour anticiper les besoins de santé des dix à quinze prochaines années. Le schéma directeur urbanistique et immobilier 2024-2034 constitue la traduction concrète de cette ambition. Face à l’enjeu de toujours mieux répondre aux besoins de santé d’aujourd’hui et de demain, il engage un programme d’investissement de plus de 600 millions d’euros destiné à moderniser le patrimoine hospitalier, désaturer le site principal, accompagner la croissance de certaines activités et adapter les infrastructures aux évolutions des pratiques médicales. Cette transformation s’articule autour de 4 nouvelles opérations structurantes : la cancérologie et l’hématologie, la chirurgie et la médecine interventionnelle, la psychiatrie et la santé mentale, la maternité et la santé de la femme de demain ; mais s’ajoutent aussi la rééducation et le numérique associé, la logistique, la recherche et l’innovation. Le site François-Mitterrand restera le cœur des activités de soins, tandis que d’autres secteurs permettront de développer les fonctions support, logistiques ou universitaires. Au-delà des bâtiments, ce schéma directeur porte une vision d’ensemble : construire un campus hospitalo-universitaire plus lisible, plus fonctionnel, plus durable et mieux adapté aux attentes des patients de la Bourgogne comme aux besoins des professionnels.
Présentation avec Freddy Serveaux, Directeur Général au CHU Dijon Bourgogne
Comment définiriez-vous aujourd’hui le CHU Dijon Bourgogne ?
F. S. : Le CHU Dijon Bourgogne est, à mes yeux, un bon CHU de grande qualité, porté par un ensemble d’équipes d’un très haut niveau de compétence et d’engagement. Notre établissement assume pleinement l’ensemble des missions d’un centre hospitalier universitaire : le soin, bien sûr, mais aussi l’enseignement, la recherche, l’innovation, la prévention et la responsabilité territoriale. Nous nous sommes collectivement dotés d’une véritable vision stratégique à dix ou quinze ans, avec la conviction que c’est en se projetant à cet horizon que nous prenons les bonnes décisions à moyen terme et que nous gardons le cap lorsque surviennent des tensions plus immédiates. Cette capacité à formaliser un projet partagé explique en grande partie le dynamisme de l’établissement, le nombre de projets qu’il porte et le développement continu de ses activités pour répondre aux besoins de santé. Ce qui caractérise également le CHU, c’est le fort attachement des équipes à leur institution et leurs missions. Les professionnels sont profondément engagés dans leurs missions de service public et dans la réponse aux besoins de santé du territoire. Je dis parfois, avec un peu d’humour, que nous sommes dans un établissement où certains professionnels qui se disent malheureux veulent surtout dire qu’ils voudraient « travailler plus » pour encore plus remplir leurs missions de service public. Cela traduit un niveau d’implication assez singulier. Il existe en particulier une véritable culture de la responsabilité territoriale, une volonté permanente de mieux faire et de répondre toujours davantage aux attentes de la population. C’est l’une des grandes forces du CHU Dijon Bourgogne !
Quelles sont, selon vous, les spécificités de votre établissement par rapport à d’autres CHU de taille comparable ?
F. S. : L’une de ses premières spécificités repose sur sa capacité à se projeter collectivement vers l’avenir. Nous avons su réfléchir et formaliser une vision stratégique à dix ou quinze ans. Nous portons la conviction qu’un établissement comme le nôtre ne peut prendre des décisions pertinentes à court terme que s’il sait où il veut aller à long terme. Cette projection nous permet d’être cohérents dans nos choix, de garder une ligne directrice et de conserver du sens, y compris dans les périodes de tension ou de crise. Cette vision stratégique repose sur une forte cohésion collective. Les équipes médicales, soignantes, administratives et techniques partagent un cap commun. Elles portent ensemble cette ambition et cette dynamique. Tous ces aspects donnent un établissement particulièrement mobilisé, capable de conduire un grand nombre de projets en parallèle et de développer ses activités pour répondre aux besoins de santé de la population. Cette cohésion et ce dynamisme constituent, à mes yeux, une caractéristique forte du CHU de Dijon. Nous avons un établissement qui avance collectivement, avec une vision claire et une volonté commune de développer les projets nécessaires pour répondre aux enjeux de santé du territoire.
Comment se positionne votre CHU sur le territoire et quels sont vos liens avec les établissements du GHT ?
F. S. : La Bourgogne présente une particularité : si la rareté des ressources médicales n’y est pas très différente de celle observée dans d’autres régions françaises, son étendue géographique et la qualité parfois limitée des axes de circulation rendent l’organisation de l’offre de soins plus complexe. Face à cette réalité, le CHU Dijon Bourgogne s’appuie sur une forte culture d’engagement territorial. Environ 250 médecins exercent aujourd’hui dans le cadre de temps médicaux partagés avec d’autres établissements et de nombreuses activités de télémédecine, qu’il s’agisse de télé-expertise ou de consultations à distance, ont été développées. Depuis 18 mois, nous avons également engagé une démarche originale autour d’un « projet médical partagé de subdivision », correspondant au territoire de formation des internes. Nous sommes convaincus que l’action territoriale d’un CHU doit d’abord s’inscrire à cette échelle. Avec l’ensemble des établissements supports des groupements hospitaliers de territoire de Bourgogne, en lien avec l’UFR des sciences de santé et la faculté de médecine, nous avons ainsi défini une offre cible de soins hospitaliers publics pour l’ensemble de la région. L’objectif est simple : garantir un accès équitable aux soins, quel que soit le lieu de résidence des habitants. Cette culture de coopération se traduit également par des relations très étroites avec les établissements du territoire. La confiance accordée au CHU de Dijon a conduit à l’élargissement progressif de la direction commune, avec l’intégration des hôpitaux de Chaumont, Langres et Bourbonne-les-Bains, en Haute-Marne. Six établissements sont aujourd’hui concernés. Nous entretenons également des liens particulièrement forts avec les établissements du nord de la Côte-d’Or, avec lesquels de nombreux partenariats médicaux et chirurgicaux ont été développés, ainsi qu’avec le centre hospitalier La Chartreuse, spécialisé en santé mentale.
Quelles sont vos ambitions en matière de coopération territoriale avec les établissements de la région ?
F. S. : Notre principale ambition consiste désormais à faire vivre et à mettre en œuvre dans la durée ce projet médical partagé de subdivision que nous avons élaboré. Il s’agit d’un cadre structurant qui peut prendre plusieurs formes très concrètes dans la pratique. Nous le remarquons par la fidélisation de jeunes praticiens qui choisissent de s’installer dans les établissements du territoire, par des postes à temps partagé entre plusieurs hôpitaux, par des consultations avancées organisées par les équipes du CHU ou encore par le développement de la télémédecine sous différentes formes. L’objectif reste toujours le même : appuyer les territoires afin que chaque établissement puisse assurer pleinement son rôle auprès de la population qu’il dessert. Les établissements supports de groupements hospitaliers de territoire doivent être suffisamment solides pour organiser leur propre offre de soins et structurer leur territoire. Notre responsabilité, en tant que CHU, consiste donc à soutenir cette organisation territoriale en subsidiarité et à contribuer à garantir un accès équitable aux soins pour l’ensemble des habitants de Bourgogne et de la Haute-Marne. L’enjeu est que chaque patient puisse bénéficier de la même qualité de prise en charge, quel que soit l’endroit où il vit.
Dans quelle mesure jugez-vous votre territoire attractif aujourd’hui ?
F. S. : Le territoire est attractif, comme dans beaucoup d’autres régions. Cependant, cette attractivité varie selon les zones. Elle est naturellement plus forte à proximité de la métropole dijonnaise ou des grands axes de circulation. À l’inverse, certains territoires plus éloignés ou plus difficiles d’accès rencontrent davantage de difficultés. La Bourgogne se caractérise en effet par une très grande étendue géographique et par des infrastructures de transport qui ne facilitent pas toujours les déplacements. Cette réalité explique que certains secteurs soient moins attractifs pour les professionnels de santé. C’est précisément pour cette raison que le travail collectif avec les établissements du territoire est essentiel. La coopération entre les structures hospitalières permet de compenser en partie ces déséquilibres et de maintenir une offre de soins accessible pour l’ensemble de la population.
Existe-t-il aujourd’hui des inégalités territoriales d’accès aux soins ?
F. S. : Oui, incontestablement. L’armature médicale, qu’elle soit hospitalière ou libérale, n’est pas homogène sur l’ensemble des territoires. Certaines zones disposent d’un maillage médical plus dense, tandis que d’autres rencontrent davantage de difficultés pour maintenir une offre de soins suffisante. Dans ce contexte, notre responsabilité consiste à faire en sorte que chaque habitant puisse au moins accéder au système de soins. Ensuite, ce patient doit pouvoir être intégré dans une chaîne de prise en charge adaptée. Lorsque les conditions sont réunies, les soins doivent être réalisés au plus près du lieu de vie, dans des conditions de qualité et de sécurité satisfaisantes. Lorsque ce n’est pas possible, il faut organiser l’orientation vers un autre établissement, parfois vers le CHU, ou vers l’établissement support du territoire. L’enjeu consiste donc à structurer des parcours de soins qui garantissent l’accès aux prises en charge nécessaires, même lorsque l’offre médicale locale est plus fragile.
Quelles sont les grandes orientations du CHU en matière de recherche et d’innovation ?
F. S. : Nous avons engagé un travail collectif avec l’ensemble de la communauté de recherche du CHU mais aussi avec nos partenaires universitaires du site dijonnais afin de refondre la carte scientifique et la stratégie de recherche de l’établissement. Ce travail nous a conduits à identifier quatre axes stratégiques de recherche. Ces axes correspondent à des domaines dans lesquels des équipes de recherche disposent déjà d’une reconnaissance nationale, voire internationale, et d’un potentiel scientifique important. L’objectif consiste désormais à franchir une étape supplémentaire et à renforcer encore leur lisibilité à l’échelle internationale. Dans la même logique que celle qui guide notre projet médico-soignant, ces axes structurent et structureront à 10 ans l’activité de la communauté hospitalo-universitaire. Par ailleurs, nous avons également identifié un domaine d’émergence : l’idée consiste à repérer de nouvelles forces scientifiques susceptibles, à terme, soit de rejoindre l’un des quatre axes d’excellence existants, soit de devenir un axe stratégique à part entière. Nous avons dans ce cadre identifié une thématique émergente.
La recherche représente aussi un facteur d’attractivité important pour un centre hospitalier universitaire. Nous avons ainsi signé une convention-cadre nationale de recherche qui associe le CHU de Dijon à l’ensemble des établissements supports de GHT de Bourgogne et à des établissements de notre GHT. Cette convention permet de mutualiser les travaux de recherche conduits dans différents établissements. Ce dispositif répond à un enjeu très concret lié au financement de la recherche. Les dotations issues des indicateurs SIGAPS (Système d’interrogation, de gestion et d’analyse des publications scientifiques) ont évolué ces dernières années, avec un seuil d’éligibilité plus élevé.
Aujourd’hui, seules les structures les plus importantes, comme les CHU ou certains très grands centres hospitaliers, peuvent bénéficier directement de ces financements. Cette contrainte a pu créer une certaine frustration dans des établissements plus petits qui participent pourtant à des travaux de recherche. La convention que nous avons mise en place permet justement de mutualiser ces résultats. Les établissements partenaires versent leurs points SIGAPS dans un panier commun avec ceux du CHU. Comme le CHU franchit le seuil nécessaire, nous pouvons déclencher la dotation nationale de recherche, notamment les financements dits MERRI (missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation). Les montants obtenus sont ensuite redistribués au prorata de la contribution de chaque établissement. Ce dispositif est à la fois valorisant pour les établissements partenaires et attractif pour les praticiens.
